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Le déchiffrement des hiéroglyphes

Hérodote se plaisait à dire qu’en Égypte tout se faisait au rebours du reste de l’univers. Il écrivit ainsi au début de sa Deuxième Enquête : « Les Égyptiens qui vivent sous un climat unique, qui possèdent un fleuve unique en son genre, ont adopté en toutes choses ou presque des coutumes et des principes inverses de ceux des autres hommes. » À sa suite, les auteurs de l’Antiquité gréco-romaine ont été frappés par ce qui, dans cette écriture, différait sensiblement de la leur : la représentation figurée, la présence de figures d’êtres animés. Ils ont ainsi presque totalement négligé d’en mentionner la partie phonétique. Après eux et jusqu’à Champollion, les savants occidentaux, parce qu’ils ne parvenaient pas à penser le phonétisme d’une écriture en dehors de l’alphabet, n’ont pas pu voir que les idéogrammes hiéroglyphiques étaient susceptibles d’être aussi des phonogrammes (ce qu’ils étaient dès l’origine).


Reproduction d'une stèle égyptienne
Paris, BnF, Manuscrits orientaux

L’immense mérite de Champollion (1790-1832) est d’avoir démontré que le principe phonétique constituait l’âme du système d’écriture tout entier. Il s’appuie, pour sa découverte, sur l’examen comparé de noms propres, ceux-ci étant souvent dans toutes les écritures logosyllabiques anciennes et modernes le lieu privilégié des premières transcriptions phonétiques, offrant la plus grande résistance à la représentation figurée. Champollion réalise une première identification du nom de Ptolémée (voir ci-dessous) sur la pierre de Rosette puis, sur l’obélisque de Philae, qui servit de base solide pour la suite du déchiffrement. L’égyptologie était née.

Champollion, un génie singulier (1790-1832).

Le déchiffrement des hiéroglyphes est marqué par la personnalité d’un homme hors du commun, à la vie fulgurante, Jean-François Champollion.

Né à Figeac (Lot) en pleine Révolution, il entre en 1804, sous l’Empire, au lycée de Grenoble. Dès cette époque, il s’intéresse aux hiéroglyphes et ne tarde pas à avoir entre les mains une copie de la pierre de Rosette. Son frère aîné, Jacques-Joseph, dit Champollion-Figeac, qui s’est chargé de son éducation, est le secrétaire particulier du préfet de l’Isère, Joseph Fourier. Celui-ci a fait partie de l’expédition d’Égypte et a dirigé les missions scientifiques envoyées en Haute-Égypte.


Jean-François Champollion
Musée du Louvre

Jean-François a la conviction que la connaissance de la civilisation égyptienne passe par celle des langues orientales. Il étudie, outre le latin et le grec, l’hébreu, l’arabe, le syriaque, le chaldéen, le persan, le copte, le sanscrit et le chinois. À 16 ans, il démontre devant l’Académie de Grenoble que la langue copte dérive de la langue parlée de l’ancienne Égypte, que l’écriture copte est une adaptation de l'ancienne langue aux caractères grecs. Au XVIIe siècle déjà, le jésuite allemand Athanasius Kircher était parti de l’hypothèse d’une filiation entre ces deux langues, mais il n’était pas parvenu à comprendre le processus.

Le jeune Champollion poursuit l’étude des langues orientales durant deux ans à Paris et revient à Grenoble passer un doctorat ès lettres. Il est nommé professeur d’histoire ancienne. Il a 19 ans. Il occupe son poste jusqu’en 1820, sauf pendant les deux années où il doit s’exiler à Figeac (1816 à 1818) en raison de son soutien à Napoléon.

En 1820, il rejoint son frère à Paris; Champollion-Figeac est devenu le secrétaire particulier de Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Jean-François Champollion s’est attelé depuis plusieurs années déjà au déchiffrement des hiéroglyphes, sans obtenir de résultats plus satisfaisants que ses collègues étrangers, l’anglais Thomas Young, qui resta bloqué par sa conviction d’avoir affaire à un système uniquement alphabétique, le Suédois Akerblad et le Français Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, ancien professeur de Jean-François. Tous les quatre travaillent sur la pierre de Rosette, depuis la diffusion de copies d’estampage de ses inscriptions, en recherchant dans le hiéroglyphique et le démotique (le texte central) des équivalences du texte grec. Comme eux, Champollion a identifié, à partir du grec Ptolemaios, la forme hiéroglyphique en sept symboles du nom du pharaon Ptolémée entouré d’un cartouche (encerclé). L’importante répétition des signes lui indique qu’il pourrait s’agir d’une notation phonétique. Puis en comparant, sur l’obélisque de Philae, les cartouches de Ptolémée et de Cléopâtre dont les noms se trouvaient écrits également en grec, il comprend, déchiffre la valeur phonétique de leurs quatre signes communs (P, T, O, L) et parvient à attribuer aux autres une valeur alphabétique.

Champollion identifia les valeurs de signes, comme suit : (voir alphabet hiéroglyphique)

   

Mais c’est l’idée de compter le nombre de mots du texte grec (486) et celui des hiéroglyphes (1 419) qui lui donne l’avantage sur ses collègues. Il en déduit que l’écriture doit être à la fois phonétique et idéographique. En comparant les hiéroglyphes des cartouches de Ptolémée et de Cléopâtre, il dresse un alphabet hiéroglyphique, qu’il croit applicable seulement aux noms des souverains étrangers de l’époque hellénistique : il reste en effet persuadé que l’écriture est essentiellement figurative. Mais, en déchiffrant, à l’aide de son alphabet et grâce à sa parfaite connaissance du copte, les noms de Ramsès et de Thoutmosis sur des copies d’inscriptions venant du temple d’Abou Simbel, il comprend réellement le principe du système de l’écriture des pharaons. Il peut alors annoncer sa découverte à l’Académie des inscriptions et belles-lettres : c’est la fameuse Lettre à M. Dacier, relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques employés par les Égyptiens... (septembre 1822).

Après deux années passées à étudier la collection égyptienne du musée de Turin, Champollion est nommé conservateur du musée égyptien du Louvre, en 1826. Ce n’est qu’en 1828 qu’il réalise enfin son rêve : il s’embarque pour l’Égypte avec une équipe de dessinateurs et y déploie pendant quinze mois une activité intense, lisant, traduisant, copiant des textes, d’Alexandrie à Assouan. Dans une lettre de vœux à Dacier, il lui confirme avoir vérifié que ses principes de déchiffrement s’appliquent « avec un égal succès d’abord aux monuments égyptiens du temps des Romains et des Lagides, et ensuite, ce qui devient d’un bien plus grand intérêt, aux inscriptions de tous les temples, palais et tombeaux des époques pharaoniques. » De cette expédition naîtront les Monuments de l’Égypte et de la Nubie, quatre volumes de dessins et de relevés, dont Champollion ne verra pas la publication (à partir de 1835). Il meurt en 1832, laissant une Grammaire et un Dictionnaire, fondements de l’égyptologie qui vient de naître.


Extrait d'un manuscrit autographe de J.F. Champollion
Paris, BnF, Manuscrits.


Jean-François Champollion,
Cahier de notes,
Paris, BnF, Manuscrits

La pierre de Rosette

En 1799, un officier de l’armée d’Égypte, Pierre-François Bouchard, trouve au cours de travaux de terrassement pour la construction d’un fort à Rosette, près d’Alexandrie, une stèle couverte d’inscriptions. Cette pierre est aussitôt transportée à l’Institut du Caire et examinée par les savants de l’expédition de Bonaparte. Elle présente trois parties, les unes en dessous des autres, en trois écritures différentes. La première, en haut, porte des hiéroglyphes. La dernière, grecque, est facilement traduisible : c’est un décret du roi Ptolémée V (196 avant J.-C.). L’écriture centrale (démotique) est inconnue. Il apparaît immédiatement aux savants qu’il s’agit d’un même texte en trois langues et qu’ils tiennent là de quoi percer le mystère des hiéroglyphes. Mais cela prendra encore plusieurs années.

Lors de la capitulation française, en 1801, la pierre est saisie par les Anglais, avec d’autres pièces, comme butin de guerre. Mais les Français en avaient pris des estampages et ils en envoyèrent des copies aux savants européens. Elle est aujourd’hui conservée au British Museum.


Arrivée de Bonaparte en Égypte.
Gravure anonyme.
Paris, BnF, Est.

  

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