[Page Accueil BnF]

L'aventure des écritures
Le secret

[Les dossiers pédagogiques]

1. Ecriture et sens caché
2. Ecritures non déchiffrées : percer le secret
3. Ecritures micrographiques

[Sommaire du dossier Ecriture]

2. Ecritures non déchiffrées : percer le secret

Quand l'usage d'une écriture se perd, le code tombe parfois dans l'oubli, l'écriture devient illisible : d'où les écritures mystérieuses, indéchiffrées, qui suscitent toujours un intérêt passionné :

- L'écriture des anciens Pascuans, le Rongo-Rongo, disparu avec le départ des " maîtres de l'écriture " déportés sur le continent en 1863 par des négriers péruviens. Les chercheurs sont jusqu'à présent incapables de déchiffrer les mystérieux hiéroglyphes qui la composent, mélange disparate de figuration symbolique et de motifs géométriques dont on ignore si chacun d'eux représente un mot ou une syllabe.

- L'écriture de la vallée de l'Indus : à l'autre bout du monde, on a retrouvé les traces d'une civilisation brillante qui pourrait remonter au milieu du IIIe millénaire avant notre ère, engloutie vers - 1500 par un débordement du fleuve. Son écriture utilisait des signes-mots et d'autres signes non déchiffrés. Le nombre de signes répertoriés (entre 400 et 200) exclut la possibilité d'une écriture alphabétique ou purement syllabique. Le déchiffrement se heurte ici à une double difficulté : l'écriture et la langue transcrite nous sont également inconnues. La brièveté des inscriptions laisse en outre assez peu de chance de trouver la solution.

- Le "linéaire A" : cette écriture utilisée par les prédécesseurs des Grecs mycéniens en Crète, entre 1750 et 1450 av. J.-C., qui mélange signes syllabiques et idéogrammes, on croit aujourd'hui pouvoir lire deux mots : KU RO, qui signifierait " total ", et PO TO, qui voudrait dire " total des totaux " ; il s'agit en effet d'inscriptions comptables. Mais le faible volume de caractères écrits (7 000 au total) rend les perspectives de déchiffrement aléatoires.


exemple de linéaire A

- L'écriture crétoise, dont le seul exemplaire connu est  le disque de Phaïstos, découvert lui aussi en Crète, au début du siècle et ses 45 signes disposés en spirale constituent aujourd'hui autant d'énigmes dont on ignore tout.


inscriptions en écriture crétoise
disque de Phaïstos

- L'écriture méroïtique, en Afrique, avec ses 23 signes alphabétiques est un témoin encore presque muet de l'histoire de la Nubie et du Soudan septentrional.

- L'écriture étrusque dont on connaît le système graphique et non la langue.

- L'écriture maya qui note sans doute une trentaine de langues et dont le déchiffrement constitue sûrement l'une des aventures intellectuelles les plus intenses de ces dernières années.

inscriptions en étrusque

L'écriture qui a sans doute suscité le plus de tentatives est l'écriture égyptienne. Redécouverte au XVe siècle, notamment grâce à quelques voyageurs et surtout à travers les textes classiques dont la Renaissance suscitait l'étude, elle a été considérée comme un code sacré, symbolique, porteur d'un message ésotérique. Ce n'est que peu à peu qu'une approche rationnelle a pu se faire jour : le développement de l'esprit scientifique au XVIIIe siècle, la découverte grâce à des voyageurs et missionnaires de l'écriture chinoise, qui a permis de saisir la logique d'un système idéographique, donnaient des cadres théoriques à une nouvelle étude.

Tout le monde connaît le rôle de Champollion. Vainqueur du mystère des hiéroglyphes égyptiens, celui qui permit l'accès aux textes de cette civilisation fabuleuse reste justement célèbre et l'on explique volontiers comment il a su exploiter les particularités de la pierre de Rosette. Quels que soient les mérites du célèbre égyptologue, il faut reconnaître sa dette intellectuelle envers un de ses prédécesseurs qui avait précisément posé les principes méthodologiques qui devaient être mis en œuvre pour le déchiffrement des écritures inconnues. En effet, au siècle précédent, l'abbé Barthélémy, un savant et un écrivain du siècle des Lumières, s'était acquis la gloire en déchiffrant deux alphabets dont la clé était perdue depuis l'Antiquité, celui de Palmyre et celui des Phéniciens.

Les règles d'or du déchiffrement

Arriver à déchiffrer une écriture inconnue et percer le secret des textes qu'elle transcrit suppose que soient réunies certaines conditions.

o L'existence de textes bilingues peut être d'un intérêt primordial, comme ce fut le cas pour les déchiffrements de l'abbé Barthélémy ou de Champollion, mais ce n'est pas une condition nécessaire.

o Il est essentiel de disposer d'un corpus suffisant, et assez varié, dans lequel soient attestés assez de signes pour que l'on puisse apprécier leur nombre global. Celui-ci permet déjà de poser une hypothèse sur le système d'écriture : un alphabet ne dépasse pas quarante signes, un simple syllabaire une centaine, alors que les systèmes idéographiques peuvent en comporter plusieurs milliers.

o Il est important de connaître une langue proche de la langue que transcrit l'écriture inconnue ou apparentée à celle-ci, ce qui permet de reconnaître certaines structures. L'étape décisive du déchiffrement, au moins pour les écritures phonétiques, est sans doute celle où quelqu'un pose une hypothèse juste sur la langue, comme M. Ventris supposant que le linéaire B transcrivait du grec, ou Bauer, Virolleaud et Dhorme partant de l'hypothèse que l'ougaritique était apparenté à l'hébreu. C'est parce que l'étrusque ne se rattache à aucune famille de langue connue que l'on ne peut pas le comprendre, alors même que les caractères, intermédiaires entre le grec et le latin, ne posent pas de problème de lecture.

o Enfin il est essentiel de ne pas s'attacher à la forme des lettres, car tous les systèmes partent plus ou moins des mêmes signes de base (cercles, traits, etc.), mais de repérer des structures, des séquences qui reviennent dans des positions analogues et dont on peut, en fonction de la langue, proposer une interprétation. Cette méthode est celle du décryptage des textes codés dont Ventris, le déchiffreur du linéaire B, était un spécialiste.

 (extrait du catalogue de l'exposition "L'aventure des écritures : naissances")

1. Ecriture et sens caché
2. Ecritures non déchiffrées : percer le secret
3. Ecritures micrographiques


[Accueil] / [Dossiers pédagogiques] / [Sommaire Écriture]