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Quand l'usage d'une écriture se perd, le code
tombe parfois dans l'oubli, l'écriture devient illisible : d'où
les écritures mystérieuses, indéchiffrées,
qui suscitent toujours un intérêt passionné :
- L'écriture des anciens Pascuans, le
Rongo-Rongo, disparu avec le départ des " maîtres
de l'écriture " déportés sur le continent en 1863 par
des négriers péruviens. Les chercheurs sont jusqu'à
présent incapables de déchiffrer les mystérieux
hiéroglyphes qui la
composent, mélange disparate de figuration symbolique et de motifs
géométriques dont on ignore si chacun d'eux représente
un mot ou une syllabe.
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L'écriture
de la vallée de l'Indus : à l'autre bout
du monde, on a retrouvé les traces d'une civilisation brillante qui
pourrait remonter au milieu du IIIe millénaire avant notre ère,
engloutie vers - 1500 par un débordement du fleuve. Son écriture
utilisait des signes-mots et d'autres signes non déchiffrés.
Le nombre de signes répertoriés (entre 400 et 200) exclut la
possibilité d'une écriture alphabétique ou purement
syllabique. Le déchiffrement se heurte ici à
une double difficulté : l'écriture et la langue transcrite
nous sont également inconnues. La brièveté des inscriptions
laisse en outre assez peu de chance de trouver la solution. |
- Le "linéaire
A" : cette écriture utilisée par les
prédécesseurs des Grecs mycéniens en Crète,
entre 1750 et 1450 av. J.-C., qui mélange signes syllabiques et
idéogrammes, on croit aujourd'hui pouvoir lire deux mots : KU RO,
qui signifierait " total ", et PO TO, qui voudrait dire " total des totaux
" ; il s'agit en effet d'inscriptions comptables. Mais le faible volume de
caractères écrits (7 000 au total) rend les perspectives de
déchiffrement aléatoires.

exemple de linéaire A
- L'écriture crétoise,
dont le seul exemplaire connu est le disque de
Phaïstos, découvert lui aussi en
Crète, au début du siècle et ses 45 signes
disposés en spirale constituent aujourd'hui autant d'énigmes
dont on ignore tout. |

inscriptions en écriture crétoise
disque de Phaïstos |
- L'écriture
méroïtique, en Afrique, avec ses 23 signes
alphabétiques est un témoin encore presque muet de l'histoire
de la Nubie et du Soudan septentrional.
-
L'écriture
étrusque dont on connaît le système graphique
et non la langue.
- L'écriture maya
qui note sans doute une trentaine de langues et dont le
déchiffrement constitue sûrement l'une des aventures intellectuelles
les plus intenses de ces dernières années. |
inscriptions
en étrusque |
L'écriture qui a sans doute suscité le
plus de tentatives est l'écriture
égyptienne. Redécouverte au XVe siècle,
notamment grâce à quelques voyageurs et surtout à travers
les textes classiques dont la Renaissance suscitait l'étude,
elle a été considérée comme un code sacré,
symbolique, porteur d'un message ésotérique. Ce n'est que peu
à peu qu'une approche rationnelle a pu se faire jour : le
développement de l'esprit scientifique au XVIIIe siècle,
la découverte grâce à des voyageurs et missionnaires
de l'écriture chinoise, qui a permis de saisir la logique d'un
système
idéographique, donnaient des cadres théoriques à
une nouvelle étude.
Tout le monde connaît le rôle de
Champollion. Vainqueur du mystère
des hiéroglyphes égyptiens, celui qui permit l'accès
aux textes de cette civilisation fabuleuse reste justement célèbre
et l'on explique volontiers comment il a su exploiter les particularités
de la pierre de Rosette. Quels que soient les mérites du
célèbre égyptologue, il faut reconnaître sa dette
intellectuelle envers un de ses prédécesseurs qui avait
précisément posé les principes méthodologiques
qui devaient être mis en uvre pour le déchiffrement des
écritures inconnues. En effet, au siècle précédent,
l'abbé Barthélémy, un savant et un écrivain
du siècle des Lumières, s'était acquis la gloire en
déchiffrant deux alphabets dont la clé était perdue
depuis l'Antiquité, celui de Palmyre et celui des
Phéniciens.
| Les règles d'or du
déchiffrement
Arriver à déchiffrer une écriture inconnue et percer
le secret des textes qu'elle transcrit suppose que soient réunies
certaines conditions.
o L'existence de textes bilingues peut
être d'un intérêt primordial, comme ce fut le cas pour
les déchiffrements de l'abbé Barthélémy ou
de Champollion, mais ce n'est pas une condition nécessaire.
o Il est essentiel de disposer d'un corpus suffisant,
et assez varié, dans lequel soient attestés assez
de signes pour que l'on puisse apprécier leur nombre global. Celui-ci
permet déjà de poser une hypothèse sur le système
d'écriture : un alphabet ne dépasse pas quarante signes,
un simple syllabaire une centaine, alors que les systèmes
idéographiques peuvent en comporter plusieurs milliers.
o Il est important de connaître une langue
proche de la langue que transcrit l'écriture inconnue ou
apparentée à celle-ci, ce qui permet de reconnaître certaines
structures. L'étape décisive du déchiffrement, au moins
pour les écritures phonétiques, est sans doute celle
où quelqu'un pose une hypothèse juste sur la langue, comme
M. Ventris supposant que le linéaire B transcrivait
du grec, ou Bauer, Virolleaud et Dhorme partant
de l'hypothèse que l'ougaritique était apparenté
à l'hébreu. C'est parce que l'étrusque
ne se rattache à aucune famille de langue connue que l'on ne peut
pas le comprendre, alors même que les caractères,
intermédiaires entre le grec et le latin, ne posent pas de problème
de lecture.
o Enfin il est essentiel de ne pas s'attacher à
la forme des lettres, car tous les systèmes partent plus
ou moins des mêmes signes de base (cercles, traits, etc.), mais de
repérer des structures, des séquences qui reviennent dans des
positions analogues et dont on peut, en fonction de la langue, proposer une
interprétation. Cette méthode est celle du décryptage
des textes codés dont Ventris, le déchiffreur du
linéaire B, était un spécialiste. |
(extrait du catalogue de l'exposition "L'aventure des
écritures : naissances")
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