L'aventure des
écritures
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| 1. Ecriture et sens caché 2. Ecritures non déchiffrées : percer le secret 3. Ecritures micrographiques |
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1. Ecriture et sens caché |
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Écrire a quelque chose à voir avec se taire. L'écriture, comme le souligne Pascal Quignard, " impose tout à coup une brutale mise au silence de la langue. La totalité de ce qui parle tout à coup taciturne : langue à la fois brusquement visible et brusquement muette. " Écrire, c'est la possibilité de dire sans être entendu, d'enfouir. Écrire c'est cacher un message, le confier à une " mémoire " extérieure qui ne fait pas de bruit, qui " ensevelit " les mots, comme endormis, dans une attente, réservés à celui qui saura les trouver parce qu'il connaîtra le code permettant de les faire revivre. Toute écriture a donc deux faces : une face énigmatique déployée dans le seul visible, une face lisible tournée vers ceux qui " savent ". Il arrive que le code qui régit une écriture soit délibérément brouillé, occulté, et rende la lecture impossible : par exemple quand le message est destiné aux dieux ou aux esprits. Pour des raisons militaires, diplomatiques, religieuses ou simplement ludiques, le code peut être réservé à quelques initiés, voire parfois à son seul émetteur L'écriture altère alors ses graphies, les abrège ou les compacte jusqu'à les rendre méconnaissables. Elle se cache derrière l'image, se dissimule sous l'effet de la vitesse ou de l'interdit. Dans les systèmes alphabétiques, le " codage " opère volontiers en jouant avec l'ordre, ou plutôt un apparent désordre, des lettres cachant un second texte dans l'épaisseur du premier. Il se peut aussi que le texte, potentiellement lisible, soit délibérément réduit, resserré, rendu presque invisible. L'écriture micrographique enfouit ainsi le texte, le cache et lui assigne d'autres valeurs : d'offrande, de talisman, d'énigme ou de jeu, exaltant la beauté du geste, le plaisir de la performance ou la profondeur d'un sens caché. De cet " évanouissement " du texte renaît parfois, comme un chiffre absolu, la lettre, investie d'une puissance sacrée, enserrant dans son architecture silencieuse tous les mystères du monde. Ainsi, dans l'alphabet arabe, la lettre nun dont la forme évoque un récipient ouvert vert le haut, symbolise-t-elle le monde d'ici-bas par rapport au monde supérieur, le point inscrit dans son centre figurant l'axe autour duquel ils tournent tous les deux.
La nature aime à se cacher
Quelques témoignages
La dernière lettre, ma mère en l'écrivant voulut
sans doute m'assurer qu'elle avait déjà quitté l'obligation
d'employer notre langage. Deux feuillets crayonnés ne portent plus
que des signes qui semblent joyeux, des flèches partant d'un mot
esquissé, de petits rayons, deux " oui, oui " et un " elle a dansé
" très net. Elle a écrit aussi, plus bas, " mon amour " ; elle
m'appelait ainsi quand nos séparations se faisaient longues et qu'elle
s'ennuyait de moi. Mais j'ai scrupule cette fois de réclamer pour
moi un mot si brûlant. Il tient sa place parmi des traits, des entrelacs
d'hirondelle, des volutes végétales, parmi les messages d'une
main qui tentait de me transmettre un alphabet nouveau, ou le croquis d'un
site entrevu à l'aurore sous des rais qui n'atteindraient jamais le
morne zénith. De sorte que cette lettre, au lieu de la contempler
comme un confus délire, j'y lis un de ces paysages hantés où
par jeu l'on cacha un visage dans les feuilles, un bras entre deux branches,
un torse sous des nuds de rochers
Je suis très émue de vous dire que j'ai
Lettre de George Sand à Alfred de Musset
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| 1. Ecriture et sens caché 2. Ecritures non déchiffrées : percer le secret 3. Ecritures micrographiques |
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