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L'aventure des écritures
Le signe

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L'écriture est bien originellement ce qui rend visible la pensée, figurant le sens ou peignant la parole. Pourtant la part accordée à la visibilité varie selon les traditions scripturaires.

Instrument d’enregistrement comptable, outil administratif au service du pouvoir, véhicule de la pensée mais aussi dépôt de la parole divine ou support d’un dialogue avec l’invisible, l’écriture note le prosaïque ou l’éphémère aussi bien que l’essentiel ou le sacré. Variant dans ses usages, l’écriture ne cesse de se diversifier dans ses graphies et de réinventer ses propres signes selon sa culture d’origine : les hiéroglyphes égyptiens diffèrent des caractères cunéiformes qui ne ressemblent pas aux lettres grecques et latines ni aux signes runiques.

D'où proviennent donc ces constantes variations de l'écriture ?

Du contexte culturel d'abord. Les représentations des éléments simples divergent dès les premiers systèmes pictographiques. L'idée de l'eau est notée chez les Égyptiens par une vague en mouvement vue de profil, par une évocation du courant chez les Chinois, par la couleur bleue à l'intérieur d'un récipient chez les Aztèques.

hiéroglyphe égyptien

caractère chinois

glyphe aztèque

l'eau d'après Louis-Jean Calvet, Histoire de l'écriture, 1996.

L'alpha grec géométrise l'aleph phénicien, qui fuse dans l'alphabet arabe en un seul trait de descente verticale.

aleph phénicien

alpha grec

arabe

Des aléas de l'histoire aussi, sans doute : il y a loin de la capitale romaine à la cursive mérovingienne ou à la minuscule caroline, et ne voit-on pas les peuples turcs, au fil de leurs migrations, écrire successivement en caractères runiformes, tibétains, ouïgours, arabes, latins, cyrilliques...

Des supports et des outils aussi : les signes aigus en forme de clous imprimés par le calame de roseau à section triangulaire sur l'argile mésopotamienne ne ressemblent pas aux traces rapidement jetées par le pinceau chinois sur la soie ou le papier.

De l'homme enfin : avec l'émotion qui accompagne le geste de la main. Du tremblement à la maîtrise (à moins que ce ne soit l'inverse) en passant par le plaisir pur, l'écriture n'est-elle pas toujours, selon l'heureuse formulation de Roland Barthes, "la projection énigmatique de notre propre corps" ?

Paul Claudel voit dans l'écriture occidentale une dimension figurative : 
"J'ai été amené à me demander si dans notre écriture occidentale il n'y aurait pas moyen de retrouver également une certaine représentation des objets qu'elle signifie et aussitôt mon attention s'est portée sur des mots comme :

toit

N'avons-nous pas là
une représentation complète
de la maison à laquelle
ne manquent même pas les
deux cheminées ?

O est la femme et I l'homme,
caractérisés par leurs différences essentielles : la conservation et la force ;

le point de l'i est la fumée du foyer ou,
si vous aimez mieux, l'esprit enclos et la vie intime de l'ensemble.

Locomotive

Un véritable dessin pour les enfants.
La longueur du mot d'abord est l'image de celle de l'animal.
L est la fumée,
o
les roues et la chaudière,
m
les pistons,
t le témoin de la vitesse, comme dans " auto " à la manière d'un poteau télégraphique, ou encore la bielle,
v est le levier,
i le sifflet,
e
la boucle d'accrochage et le souligné est le rail !

âme

a est à la fois ouverture et désir,
réunion de l'homme et de la femme,
ce qui exhale et inhale le souffle,
m est la personne entre deux parois,

e l'être.

dans Positions et Propositions. Idéogrammes occidentaux, Paris, Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade"


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