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De la trace au tracé : le gesteUne écriture naît sur la page : un espace est peu à peu rempli, investi, gribouillé, effleuré, labouré, apprivoisé, gâché, embelli, métamorphosé par un outil qui grave, incise, xylographie, imprime, trace la singularité de chaque caractère et sa succession dans une chaîne de signes décriture. Dans laccomplissement de ce mouvement, de cette trajectoire qui laisse des traces, loutil est déterminant ; il permet de donner au signe décriture son visage, sa symétrie si elle existe, dinterrompre le tracé ou au contraire de réunir les lettres les unes aux autres selon un fil continu. Lapprentissage du « ductus » dune lettre ou dun caractère permet dobtenir un tracé harmonieux : il indique le nombre de traits à réaliser, leur épaisseur, leur direction, lintensité et la vitesse du geste selon le style choisi, la hauteur et la forme des signes. Il dit aussi comment les faire se côtoyer, les joindre par des ligatures, les organiser en mots, en phrases. Cependant, la capacité dinvention de celui qui écrit lui permet de se projeter dans un tracé, laborieusement ou avec bonheur, dimaginer à partir doutils nouveaux des chorégraphies de lignes, des graphies inédites, de glisser, de danser, de sapproprier une surface aussi minuscule quun grain de riz, aussi vaste quun mur ou que le sable dune plage, aussi rugueuse que lécorce dun arbre, aussi fragile que la buée dune vitre, pour un instant ou pour toujours, avec dautant plus de plaisir quil aura préparé ou choisi lui-même lespace de sa fantaisie. « Le moindre tracé est une énigme. » |
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