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L'aventure des écritures
La calligraphie

[Les dossiers pédagogiques]

1. Qu'est ce que la calligraphie
2. L'art d'écrire en occident
3. Un délire graphique : le monocondyle
4. La calligraphie persane

[Sommaire du dossier Ecriture]

3. Un délire graphique : le monocondyle

« D’un seul trait », c’est ainsi que l’on pourrait traduire le mot grec savant monokondylos qui désigne à l’époque byzantine et postbyzantine une écriture enchevêtrée, faite de boucles et de courbes et dont la caractéristique matérielle essentielle est précisément la continuité parfaite du trait : aucune séparation ne vient interrompre le tracé de la plume sur la page.

Affectant le plus souvent quelques mots seulement à la fin d’un document ou d’un livre, ce style d’écriture semble apparaître dans le domaine byzantin vers le Xe siècle de notre ère. L’origine de ce phénomène graphique doit être recherchée, semble-t-il, dans l’écriture documentaire ; dans les actes ou diplômes, qu’ils soient publics ou privés, ce sont le plus souvent les noms des signataires de l’acte qui apparaissent sous la forme de monocondyle. L’excentricité du tracé garantit l’authenticité de la signature et donc de l’acte.

Cette fonction rend parfaitement compte des caractéristiques principales du monocondyle ; virtuellement illisible et donc inimitable, le monocondyle doit rester déchiffrable et visible. Réduire la transparence du signe sans détruire sa signification, voilà la délicate opération que doit accomplir le scribe.


Traités d'arithmétique
Byzance, 1350-1375.
Paris, BnF, Mss occidentaux, grec.

Cette difficulté fondamentale a incontestablement constitué un obstacle majeur pour la diffusion du monocondyle et ce n’est finalement que sous une forme atténuée que celui-ci s’est répandu hors du champ de l’écriture documentaire. En pénétrant dans le monde du livre, domaine par excellence de la calligraphie, le monocondyle perd sa fonction première : employé dans le colophon, cet appendice qui clôture le livre manuscrit, il est devenu simple phénomène décoratif. La localisation du monocondyle dans le livre manuscrit est, on le voit, une réminiscence du lieu qu’il occupe dans les diplômes : c’est tout d’abord à la signature ou souscription du copiste qu’il est affecté.

Le transfert du monocondyle d’un domaine de l’écriture à un autre modifie sa nature : en entrant dans le livre, le monocondyle ne joue plus aucun rôle juridique d’authentification et se charge d’une nouvelle signification. Dans le corps du livre, le scribe s’efface derrière le texte qu’il copie : à Byzance et dans le monde grec en général, l’écriture occupe un statut mineur, celui de simple outil de transmission, la seule chose qui compte est le contenu de pensée qu’elle transmet. Cette vision intellectualiste est sans doute à l’origine de la relative unité, monotonie pourrait-on dire, mais sans connotation négative, de l’écriture grecque en général. Le scribe, dès lors, ne peut s’exprimer qu’en marge, qu’en dehors de son texte : dans le colophon, le caractère extravagant du monocondyle est l’expression, la seule possible et autorisée, de l’individualité du scribe.

invocation d'un scribe à la sainte Trinité au bas d'un traité d'arithmétique

Traités d'arithmétique (extrait)
Byzance, 1350-1375.
Paris, BnF, Mss occidentaux, grec.

 (extrait du catalogue de l'exposition "L'aventure des écritures : naissances")

1. Qu'est ce que la calligraphie
2. L'art d'écrire en occident
3. Un délire graphique : le monocondyle
4. La calligraphie persane


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