Empruntée aux Arabes depuis le Xe
siècle, lécriture persane, très imparfaite dans
sa notation phonétique de la langue persane, a su mettre à
profit ses ambiguïtés graphiques pour développer, à
des fins poétiques, des recherches desthétique formelle.
Elles ont abouti à une fructueuse réflexion
sur lécriture qui devait naturellement encourager
lépanouissement de lart calligraphique. Lié au
respect de la parole sacrée du Coran, cet art simpose
aussi en raison de limportance de lart du livre dans les cours
de culture persane où, depuis le Moyen Âge la tradition
culturelle associe la figure du prince lettré, du calligraphe et parfois
aussi du poète. |

Page de calligraphie persane en nasta'liq
Faïzabad, vers 1765-1775,
Paris, BnF, Manuscrits orientaux, Persan. |
Sils ont cultivé les différents
styles de la calligraphie arabe, les calligraphes persans ont aussi inventé
des écritures originales : le taliq, qui est une
écriture de chancellerie, mais surtout le
nastaliq, qui sest rapidement imposé pour
copier la plupart des textes persans en poésie ou en prose.
Vraisemblablement né vers 1375 à Tabriz, le
nastaliq tout en volutes harmonieuses et en formes
arrondies apparaît curieusement en même temps que le
horoufisme, doctrine religieuse qui accorde une valeur sacrée
aux lettres. Calligraphie et mystique, du reste, se rejoignent souvent.
Dans limaginaire collectif, cette écriture
se confond avec la langue persane, et ce malgré linvention au
XVIIe siècle dune nouvelle écriture, le
chekasteh, ou « écriture brisée » qui
semble plutôt le fait des milieux de chancellerie.
Inséparable de la poésie, la calligraphie
est dune importance essentielle pour la culture persane. Souvent sertie
dans de somptueux encadrements enluminés, elle est un art vivant où
la beauté formelle est sans cesse traversée par
lémotion. Forme et fond sy épousent, dépassant
par la magie dune esthétique intense lopposition entre
forme et sens engendrée par lambiguïté dune
écriture qui na pas été créée pour
la langue quelle doit noter.
« Ma plume se hâtait alors que jécrivais :
elle se brisa quand elle en vint à lamour. »
Mowlawi |