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Ecriture chinoise
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[Les dossiers pédagogiques]

1. La genèse des caractères chinois
2. Les règles du "bien écrire"
3. Les styles d'écriture
4. Chercher dans le dictionnaire
5. Sa diffusion : Corée, Vietnam et Japon
6. La calligraphie

[Sommaire du dossier Ecriture]

5. La diffusion de l'écriture : en Corée, au Vietnam et au Japon

L’exemple coréen

Les pays voisins de la Chine, telle la Corée, ont reçu son influence et adopté ses caractères d'écriture dès le Ier siècle. La diffusion du bouddhisme, dont la littérature sacrée était véhiculée en chinois, ne fit que renforcer l'usage du chinois comme langue savante écrite.

Au VIIe siècle, pour noter leur langue, les Coréens utilisent les caractères chinois, dont certains, vidés de leur sens, ont le statut d'outils grammaticaux.

Au milieu du XVe siècle, la Corée met au point une écriture nationale, ou hangul. Chaque syllabe du langage est analysée phonétiquement en trois éléments : initial, médian et final. Chaque son est noté par un signe graphique simple. Les deux ou trois éléments d'une syllabe sont assemblés à l'intérieur d'un carré virtuel, comme les éléments constitutifs des caractères chinois.

Cette écriture nationale a d'abord connu un usage populaire. Actuellement, c'est l'écriture officielle de la Corée du Nord, tandis que les Sud-Coréens utilisent conjointement, dans un même texte, les caractères chinois et les caractères coréens.

Le passage par l’Annam


Édition bilingue du XIXe siècle de :
La Complainte d'une femme de guerrier

Paris, BnF, Manuscrit Vietnamien.
Dans l’Annam (Vietnam), gagné par le bouddhisme un siècle avant notre ère, l’écriture chinoise était lue avec la phonétique annamite. Pour écrire, le lettré :
  • utilisait un caractère chinois soit pour son sens (la prononciation était alors différente du chinois), soit pour sa phonétique (en lui donnant un autre sens),
  • ou bien il créait un caractère à l’aide de deux signes, l’un phonétique, l’autre sémantique.

Mais ce système compliqué ne fut pas réellement codifié et les missionnaires chrétiens purent facilement imposer, dès le XVIIe siècle, l’alphabet latin.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle cependant, le chinois demeura la langue savante.

Aujourd’hui, c’est un alphabet de 24 lettres qui est employé, complété d’un système d’accents pour noter les six tons vietnamiens.

La complexité japonaise

Comme en Corée, l’adaptation de l’écriture chinoise à la langue japonaise a été la suite logique de la pénétration du bouddhisme au Japon — faisant naître un besoin de textes — au milieu du VIe siècle. Comme le coréen, la langue japonaise n’est pas monosyllabique. L’adaptation de l’écriture d’une langue monosyllabique à une langue qui possède un grand nombre de mots longs n’est pas simple.

Pendant longtemps le chinois restera la langue des lettrés japonais, même s’ils lisent les textes avec la prononciation japonaise et bien que soient inventés deux ensembles de signes (les kana) notant les syllabes. Deux syllabaires de 48 caractères sont constitués, les katakana et hiragana (combinaisons des cinq voyelles et deux semi-voyelles avec les sept consonnes). Ces signes viennent, pour la plupart, de caractères chinois simplifiés, empruntés pour leur valeur phonétique. Aujourd’hui :

  • les katakana notent plutôt les mots d’origine étrangère,
  • les hiragana sont d’usage courant.


Fukutomi sôshi (Histoire de Fukutomi)
Manuscrit XVIIIe-XIXe siècles.
Paris, BnF, Manuscrits orientaux


L’originalité du système réside dans son extrême complexité : les Japonais pourraient très bien se contenter des kana pour transcrire leur langue, mais ils ne s’en servent qu’en complément des caractères chinois (les kanji). Ainsi, pour écrire un mot, ils vont former le radical avec un kanji choisi pour sa valeur idéographique — son sens — et le faire suivre d’un hiragana phonétique pour noter le suffixe et la syntaxe. Il arrive aussi qu’ils utilisent les caractères chinois en indiquant à côté, en plus petit, la prononciation correspondante avec des kana. Il faut préciser que les kanji — dont le nombre a été fixé à 1 945 (liste officielle de 1981) — ont deux prononciations : sino-japonaise et japonaise. Enfin, la langue japonaise possède de très nombreux homophones.


Tanabata
Manuscrit du XVIIe siècle
Paris, BnF, manuscrits orientaux

Un exemple d'aujourd'hui :

Voici une phrase extraite du quotidien japonais Asahi shinbun, sur une page d'Internet :

On voit tout d'abord qu'il n'y a pas d'espace entre les mots. Si l'on est un peu attentif, on observe un contraste entre des signes au tracé enchevêtré et d'autres d'apparence plus simple. Les premiers sont des caractères chinois, kanji, les seconds des kana.

Si l'on regarde plus en détail le début de cette phrase (qui se lit de gauche à droite), viennent en premier deux caractères chinois qui notent un composé sino-japonais (terme emprunté au chinois ou créé au Japon sur le modèle du chinois). Il s'agit du mot konran (1), " confusion ". Ils sont suivis d'un signe plus simple qui appartient à la série syllabique que l'on appelle hiragana. Il représente la syllabe ga (2), ici la particule indice du sujet. Les relations syntaxiques sont marquées en japonais par un ensemble de particules qui n'ont pas d'équivalent en chinois. Vient ensuite un caractère chinois isolé (3). Cette fois-ci il ne correspond pas à un mot sino-japonais mais est affecté à un mot purement japonais. De plus, il s'agit d'un verbe et il est nécessaire d'indiquer phonétiquement sa terminaison variable. Le mot tsuzuku, " continuer, se poursuivre ", est donc noté en partie de façon logographique, en partie de façon phonétique par le hiragana, ku (4), qui suit le caractère chinois (notation un peu analogue à certaines abréviations en français : " 1er " ou " Mlle ").

Enfin, un œil exercé remarque que les cinq signes simples qui suivent appartiennent à une autre série de signes syllabiques, les katakana. Ces signes servent surtout aujourd'hui à transcrire les mots étrangers, ici arubania (5), " l'Albanie ".

Le début de cette phrase signifie donc : " En Albanie où la situation demeure confuse… ", et peut être transcrite sous forme alphabétique : konran ga tsuzuku Arubania… De façon théorique, il est possible d'écrire l'ensemble en hiragana, comme le font les enfants japonais à leur entrée à l'école primaire, mais les caractères chinois permettent de distinguer les éventuels et innombrables homophones dont est truffé le lexique sino-japonais. De plus, le contraste avec les signes syllabiques joue un rôle analogue à la séparation des mots par des espaces, facilitant la lecture rapide.

(extrait du texte de Pascal Griolet pour le catalogue de l'exposition "L'aventure des écritures : naissances")

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