Comme en Corée, ladaptation de
lécriture chinoise à la langue japonaise a été
la suite logique de la pénétration du bouddhisme au
Japon faisant naître un besoin de textes au milieu
du VIe siècle. Comme le coréen, la langue japonaise
nest pas monosyllabique. Ladaptation de lécriture
dune langue monosyllabique à une langue qui possède un
grand nombre de mots longs nest pas simple.
Pendant longtemps le chinois restera la langue
des lettrés japonais, même sils lisent les textes
avec la prononciation japonaise et bien que soient inventés deux ensembles
de signes (les kana)
notant les syllabes. Deux syllabaires de 48 caractères sont
constitués, les katakana et hiragana (combinaisons des
cinq voyelles et deux semi-voyelles avec les sept consonnes). Ces signes
viennent, pour la plupart, de caractères chinois simplifiés,
empruntés pour leur valeur phonétique. Aujourdhui :
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les katakana notent plutôt les mots dorigine
étrangère,
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les hiragana sont dusage courant.
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Fukutomi sôshi (Histoire de Fukutomi)
Manuscrit XVIIIe-XIXe siècles.
Paris, BnF, Manuscrits orientaux
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Loriginalité du système réside
dans son extrême complexité : les Japonais pourraient
très bien se contenter des
kana pour transcrire leur langue,
mais ils ne sen servent quen complément des caractères
chinois (les kanji). Ainsi, pour
écrire un mot, ils vont former le radical avec un
kanji choisi pour sa valeur
idéographique
son sens et le faire suivre dun hiragana phonétique
pour noter le suffixe et la syntaxe. Il arrive aussi quils utilisent
les caractères chinois en indiquant à côté, en
plus petit, la prononciation correspondante avec des
kana. Il faut préciser
que les kanji dont le nombre
a été fixé à 1 945 (liste officielle de 1981)
ont deux prononciations : sino-japonaise et japonaise. Enfin, la langue
japonaise possède de très nombreux
homophones. |

Tanabata
Manuscrit du XVIIe siècle
Paris, BnF, manuscrits orientaux |
On voit tout d'abord qu'il n'y a pas d'espace entre
les mots. Si l'on est un peu attentif, on observe un contraste entre des
signes au tracé enchevêtré et d'autres d'apparence plus
simple. Les premiers sont des caractères chinois,
kanji, les seconds des
kana.
Si l'on regarde plus en détail le début
de cette phrase (qui se lit de gauche à droite), viennent en
premier deux caractères chinois qui notent un composé sino-japonais
(terme emprunté au chinois ou créé au Japon sur le
modèle du chinois). Il s'agit du mot konran
(1), " confusion ". Ils sont suivis d'un signe plus
simple qui appartient à la série syllabique que l'on appelle
hiragana. Il représente la syllabe ga
(2), ici la particule indice du sujet. Les relations
syntaxiques sont marquées en japonais par un ensemble de particules
qui n'ont pas d'équivalent en chinois. Vient ensuite un caractère
chinois isolé (3). Cette fois-ci il ne
correspond pas à un mot sino-japonais mais est affecté à
un mot purement japonais. De plus, il s'agit d'un verbe et il est
nécessaire d'indiquer phonétiquement sa terminaison variable.
Le mot tsuzuku, " continuer, se poursuivre ", est donc noté
en partie de façon
logographique, en partie de
façon phonétique par le hiragana, ku
(4), qui suit le caractère chinois (notation
un peu analogue à certaines abréviations en français
: " 1er " ou " Mlle ").
Enfin, un il exercé remarque que les cinq
signes simples qui suivent appartiennent à une autre série
de signes syllabiques, les katakana. Ces signes servent surtout
aujourd'hui à transcrire les mots étrangers, ici arubania
(5), " l'Albanie ".
Le début de cette phrase signifie donc : " En
Albanie où la situation demeure confuse
", et peut être
transcrite sous forme alphabétique : konran ga tsuzuku
Arubania
De façon théorique, il est possible
d'écrire l'ensemble en hiragana, comme le font les enfants
japonais à leur entrée à l'école primaire, mais
les caractères chinois permettent de distinguer les éventuels
et innombrables homophones dont
est truffé le lexique sino-japonais. De plus, le contraste avec les
signes syllabiques joue un rôle analogue à la séparation
des mots par des espaces, facilitant la lecture rapide.
(extrait du texte de Pascal Griolet pour le catalogue de l'exposition
"L'aventure des écritures : naissances") |