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Ecriture cunéiforme
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[Les dossiers pédagogiques]

1. Naissance
2. Des images signes aux images sons
3. Développement
4. Fin du cunéiforme

[Sommaire du dossier Ecriture]

2. Des images signes aux images sons

Parallèlement à l’évolution du graphisme, les scribes cherchèrent à augmenter les possibilités du système idéographique pour noter davantage d’informations et les rendre plus précises, par la création de signes composés.

Pour simplifier l’écriture, on chercha à réduire le nombre de signes, aussi le même idéogramme servit à transcrire des choses ou actions voisines comme : la bouche (KA), le nez (KIR4), la parole (INIM), mais aussi l’idée de parler (DU11), de crier (GU3), etc.

Le lecteur devait choisir entre ces sens divers selon le contexte.

Pour remédier à cette difficulté de lecture, on inventa des déterminatifs de classification placés en début ou en fin de mot et ne se lisant probablement pas à haute voix, servant à préciser à quelle catégorie appartenait le concept exprimé : dieu, homme (pour les noms propres), femme, astre, poisson, pays, objet en pierre ou en bois.

Le sumérien comporte beaucoup de mots d’une seule syllabe, ce qui implique que de nombreux mots aient le même son mais des significations différentes (comme en français verre, ver ou vert). Il existe par exemple seize signes sumériens se prononçant "du". Pour les transcrire et les distinguer les uns des autres, les déchiffreurs modernes les ont numérotés DU1 signifie "aller", DU3 "faire, construire", DU6 "colline (tell)", etc.

exemple de déterminatifs
(précunéiforme et cunéiforme)

Les Anciens, quant à eux, devaient les différencier grâce à des nuances de ton. Par souci de simplification, ces variantes de sons furent souvent notées arbitrairement par un seul de ces signes, selon le principe de nos rébus modernes. La nécessité de transcrire des noms propres et les liaisons grammaticales conduisit les scribes à inventer très rapidement des signes-sons (phonogrammes) en dépouillant les idéogrammes de leur sens pour ne conserver que leur son :

ainsi, le signe de la bouche (KA)
servit à exprimer le son « ka ».

Ces procédés entraînèrent une diminution du répertoire des signes qui passa de 900 à l’époque primitive à environ 500 vers 2400 avant J.-C. On aboutit à un système en partie syllabique permettant d’écrire des phrases, avec les relations des mots entre eux et toutes les nuances de la langue parlée.

Dès les origines, les scribes d’Uruk entreprirent un travail de classification des mots de leur langue et des signes de leur écriture par l’établissement de listes de mots établies dans un but pédagogique. C’est ce que l’on appelle les « listes lexicales », qui resteront la base de l’enseignement de l’écriture et des langues pendant toute l’histoire du cunéiforme. Dès l’écriture précunéiforme apparaissent des listes de professions et des listes thématiques simples (objets en métaux, textiles).

Le contenu des textes s’enrichit parallèlement aux possibilités nouvelles de restituer par écrit tous les éléments de la langue sumérienne. Ces progrès de l’écriture durent contribuer, à leur tour, à faire évoluer la langue. À l’époque des Dynasties Archaïques, (vers 2800-2340 avant J.-C.), à côté des contrats et documents économiques, apparaissent des tablettes littéraires. Ce sont les premières versions écrites de la littérature sumérienne, transcrite souvent au moyen de racines simples laissant au lecteur le soin de suppléer les éléments absents, elles relèvent encore d’une tradition en grande partie orale et les difficultés de lecture en sont parfois insurmontables.

Vers le milieu du IIIe millénaire, les signes décomposés, renversés, simplifiés, utilisés pour leur son et non plus pour leur sens premier, perdirent une partie de leur contenu symbolique et leur évolution graphique s’en accentua d’autant plus vite. La grammaire est désormais fixée et les phrases sont écrites dans la succession normale des mots et pourvues de tous leurs éléments grammaticaux. L’écriture cunéiforme peut alors restituer toutes les nuances de la pensée.

Son adaptation à d’autres langues va devenir le facteur principal de son évolution.

(extrait du texte de Béatrice André-Salvini pour le catalogue de l'exposition "L'aventure des écritures : naissances")

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