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| Le système
décriture hiéroglyphique est construit sur la
redondance. |
Il utilise en effet, à côté des
signes-mots ou logogrammes, une
palette de phonogrammes dont une série de vingt-quatre
signes-consonnes à peu près
stables constituant ce quon peut bien appeler un alphabet, obtenu
suivant le procédé de
lacrophonie. Leur combinaison
aurait été suffisante pour tout écrire, mais les
Égyptiens se sont peu souciés dexploiter ce système
car la réduction du nombre de signes était étrangère
à leur préoccupation. Ils ont donc utilisé ces signes
phonétiques pour confirmer ou pour redoubler les signes
idéographiques, non pas pour sy substituer :
Par exemple
: se prononce PR
et signifie « maison ». Mais le son PR signifie aussi « sortir
». Quand le signe
est utilisé
pour sa valeur idéographique première, il est terminé
par un trait vertical.
= maison.
Quand il est utilisé, sur le mode du rébus,
pour sa valeur de son, il est doublement complété : par un
complément phonétique
, signe de la «
bouche », confirmant que le signe
est à lire
à partir de sa valeur phonétique et quil a donc le sens
de « sortir », ce que vient répéter le
déterminatif
exprimant
lidée du mouvement. Le même sens est donc exprimé
deux fois : phonétiquement et idéographiquement, à
laide de trois caractères
 . |
L'écriture du mot "sortir" :
exemple de construction redondante exprimant la même idée
idéographiquement et phonétiquement.
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Si lécriture
égyptienne ne renonça jamais à la représentation
symbolique des choses et des êtres, cest parce que les
Égyptiens croyaient à lefficacité magique des
hiéroglyphes .
Ils pensaient quils pouvaient faire vivre ce
quils peignaient par limage aussi sûrement que par la parole
créatrice, et le faire vivre pour léternité. Ainsi
le nom dun homme inscrit en caractères hiéroglyphiques
contenait-il son identité ; détruire ces caractères,
cétait réduire cet homme à néant. On attribuait
aux figures dêtres animés de certaines inscriptions le
pouvoir de nuire et de mener une vie indépendante, on craignait
quils ne consomment les offrandes alimentaires destinées au
défunt ou nattaquent le corps lui-même. Cest pourquoi
il arrivait que les têtes des serpents soient
délibérément omises ou le corps des oiseaux
tronqués
Mais dautres hiéroglyphes étaient
supposés bénéfiques, ils servaient damulettes
et apportaient la chance à leurs propriétaires. Le signe "horizon"
par exemple, montrant le soleil en train démerger dune
montagne, permettait au défunt de sassocier à la renaissance
de lastre et donc de renaître lui-même. |
Semelles votives
" Tes ennemis sont sous tes pieds. "
Paris, BnF, Manuscrits orientaux |
Lécriture
nétait donc pas pour les Égyptiens un simple outil de
communication linguistique, elle était un chemin daccès
à léternité et manifestait les
mystères de lunivers cachés dans limage comme dans
le nom. Cest pourquoi elle pouvait aider le mort à vaincre les
périls du voyage dans lau-delà et lui servir de guide,
comme en témoignent nombre dinscriptions religieuses enfermées
dans les appartements funéraires des tombeaux.
Toutefois, si
lécriture a joué un rôle immense dans la vie de
lÉgypte ancienne, il semble établi que seule une élite
restreinte avait accès à la lecture des textes et à
la pratique de lécriture.
Selon des estimations récentes, moins de un
pour cent de la population aurait été "alphabétisée"
dans l'Egypte ancienne. Aussi le fait de savoir lire et écrire
conférait-il un statut envié et pouvait-il conduire aux charges
les plus élevées. La place de scribe était une place
recherchée mais difficile à atteindre : il fallait en effet
douze années pour devenir scribe ! Écrivain et comptable, il
veillait au cadastre, à la perception des impôts, à la
prestation des corvées. Mais surtout, par lécriture,
il sassurait limmortalité.
« Sois un scribe, et mets ceci dans ton cur pour que ton nom
ait le même sort : plus utile est un livre quune stèle
gravée ou quun mur solide. Il tient lieu de temple et de pyramide,
pour que le nom soit proclamé.
Lhomme périt, son corps redevient poussière, tous ses
semblables retournent à la terre, mais le livre fera que son souvenir
soit transmis de bouche en bouche. »
Extraits du Papyrus Chester Beatty IV.
(extrait du catalogue de l'exposition "L'aventure des écritures
: naissances")
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