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[Les dossiers pédagogiques]

1. L'écriture maya
2. L'écriture nahuatl des Aztèques

[Sommaire du dossier Ecriture]

1. L'écriture maya

Le culte de l'ambiguïté

L'écriture maya apparaît à partir de 300 avant JC. A en juger par les documents que nous possédons, l'écriture maya passe assez rapidement d'une forme logographique, où chaque mot est représenté par un dessin, à une forme mixte, logographique et phonétique de type syllabique : le mot peut aussi être divisé en unités plus petites, dans le cas maya, des syllabes, chacune représentée par un signe. Cette évolution est facilitée par le fait que la majorité des mots mayas sont monosyllabiques et que les mots polysyllabiques sont en général décomposables en mots d'une syllabe. De plus, ce qui caractérise ce système, c'est sa polyvalence : chaque signe peut avoir plusieurs sons, et chaque son, plusieurs sens. L'invention du complément phonétique au milieu de l'époque classique, aux alentours du VIIe siècle, permet d'indiquer, parmi plusieurs lectures phonétiques, la bonne lecture. Cette détermination n'évacue pas les homophones, c'est-à-dire la pluralité de sens pour un même son.

Différentes manières  d'écrire "Yax Pak",
Première Aube (nom d'un chef de Copan)


signe pour Ka (syllabique)
signe pour Yax (logographe)
signe pour Pa (syllabique)


signe pour Yax (logographe)
signe pour Pak (logographe)


signe pour Yax (logographe)
signe pour Ka (complément phonétique)
signe pour Pa (phonétique)


Première inscription glyphique
199 ap. J.-C.
Dessin d'une stèle appartenant à John H. Hauberg.

Cette évolution va de pair avec l'importance toujours plus grande accordée aux dates dans la société maya et l'instauration d'un système politique centralisateur : à l'image de la Grèce, plusieurs cités-États se disputent le pouvoir sans qu'aucune n'arrive à s'imposer durablement à toutes les autres. Chaque ensemble est dominé par la figure du roi et de sa dynastie. L'écriture est alors utilisée sur les stèles de pierre - matériau " éternel " - pour écrire l'histoire des rois, de leur naissance et de leur mort, de leurs succès, et décrire les rituels qui jalonnent leurs règnes.

L'invention du complément phonétique, en segmentant les mots en unités toujours plus fines, facilite une lecture combinatoire qui complexifie le jeu de sons et de sens. Ce caractère ludique de l'écriture permet au sens de rester ambigu et énigmatique comme le montreront les textes de l'époque coloniale. En même temps que l'écriture se précise pour noter l'histoire des rois, elle devient donc aussi plus flexible pour permettre les manipulations d'ordre mythique et politique. Loin de s'appauvrir, le système s'enrichit et devient toujours plus polyvalent. Cette polyvalence est d'autant plus complexe qu'il est vraisemblable que l'écriture maya se lisait en plusieurs langues. On trouve un grand nombre d'allographes, c'est-à-dire de signes différents pour représenter le même mot, de polyphones, c'est-à-dire de signes syllabiques ayant différentes lectures phonétiques. De plus les scribes prennent un malin plaisir à alterner notations logographiques et syllabiques et à segmenter les mots de multiples manières.

Des styles variant selon les supports

Cette polyvalence du système est aussi liée à l'existence de styles très différents qui posent des problèmes aux chercheurs. Chaque média semble avoir son style et son sujet. En restant à un niveau très général, nous en distinguerons trois :

Les stèles et les monuments
Consacrés à l'histoire des rois, ces supports de pierre se développent essentiellement pendant l'époque classique (IIIe-IXe siècle). Leur lecture tend à être univoque et monolithique conformément au matériau où le texte est inscrit. Ce sont les textes que nous arrivons le mieux à lire aujourd'hui.


Codex de Paris (Codex Peresianus)
Paris, BnF, Manuscrit, Mexicain

Les livres de papier d'écorce, ou codex
Ce média est davantage réservé aux textes divinatoires

Les céramiques
Ce média constitue un véritable livre des morts. Il est le plus mal connu car le style utilisé est si différent que les épigraphes n'y ont vu au début qu'incohérence. Pour les comprendre, il a fallu modifier la " logique" de la lecture et avancer une hypothèse : les signes renverraient à des textes mythiques récités et contés pour illustrer la poterie. L'image représentée sur la poterie jouerait, en quelque sorte, le rôle de vision mythique, que le récit mythique viendrait décrire.

L'énigme au cœur du savoir

Il y a souvent dans les textes mayas plusieurs sens simultanés qui se donnent à entendre. Choisir un sens, c'est en masquer un autre et là réside une des grandes difficultés de traduction de ces textes.

La lecture, comme l'écriture, est essentiellement aléatoire, divinatoire ; lire, ce n'est pas révéler la vérité du texte mais la prise de pouvoir de celui qui déclare savoir, jusqu'à ce qu'un autre vienne effacer ce sens pour lui en substituer un autre.

Le travail du traducteur, s'il se veut déconstruction ou tout au moins lucidité sur les pièges du pouvoir, doit s'efforcer de laisser ouverte cette multiplicité des lectures, sans pour autant oublier de prendre parti.


Codex de Dresde
Sächsische Landesbibliothek, Dresde

Exemple d'interprétation d'un chant préhispanique extrait du Codex de Dresde par John Eric Thompson
(partie centrale du document en huit colonnes)

Thompson propose de voir dans ce chant " un chant avec des offrandes de nourriture aux Pluies, avec ses couleurs distinctives et les directions du monde ".
(Cf. John Eric Thompson, op. cit. p. 238).

Texte maya avec traduction française littérale
1-8

Installé à l'Est rouge père Pluie

on lui offre

du maïs et de la viande de cerf

bouillie/de Pluie

l'épis de maïs est sa nourriture.

9-16

Installé au Nord

blanc père Pluie

(on lui offre) un dindon

et un épis de maïs

bouillie/de Pluie est sa nourriture.

17-24

Installé à l'Ouest

noir père Pluie

(on lui offre) de l'iguane

et du maïs

le noir irrigateur est sa nourriture.

25-32

Installé au Sud

jaune père Pluie

poisson, épis de maïs

et maïs nouveau

sont sa nourriture.

1. L'écriture maya
2. L'écriture nahuatl des Aztèques


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