Le progrès intellectuel de l'écriture
phénicienne par rapport aux systèmes cunéiforme et
hiéroglyphique réside dans le fait qu'elle est entièrement
phonétique ; elle n'utilise plus - comme le faisaient les
écritures précédentes pour pallier les
ambiguïtés de leurs graphies - des compléments de sens
ou des indicateurs grammaticaux. Chaque signe représente une consonne
précise et une seule. La seconde étape, pour parvenir à
un système qui note tous les sons de la langue, est franchie par les
Grecs : ils inventent les voyelles.
Si les voyelles n'existent pas dans
l'écriture
phénicienne, c'est sans doute parce que leur figuration n'est
pas nécessaire à la compréhension du texte. Les racines
sémitiques sont généralement composées de trois
consonnes et les consonnes sont elles-mêmes très nombreuses,
- ce qui donne beaucoup de possibilités de combinaisons différentes.
Il n'y a guère
d'homophones et donc peu de risques
d'erreur de lecture. Dans la langue grecque, comme dans toutes les langues
indo-européennes, le rôle des voyelles est essentiel. Les Grecs
ont gardé les consonnes phéniciennes qui pouvaient correspondre
à leur langue et, pour transcrire la première de leur voyelle
alpha, ils empruntèrent au phénicien une
consonne qui restait inemployée en lui donnant une autre valeur
phonétique.
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Ainsi naquit :
- la voyelle alpha, empruntée à la consonne
aleph de l'alphabet sémitique, désignant la tête
de buf ;
- puis ils inventèrent les voyelles epsilon,
omikron, upsilon
Et plus tard :
- les voyelles iota et omega,
- les consonnes phi, khi, psi. |
Au début, les signes s'écrivaient de
droite à gauche, puis le sens de l'écriture fut inversé
de gauche à droite, en passant par l'intermédiaire du
boustrophédon (c'est-à-dire que l'on écrivait
une ligne dans un sens et la suivante dans l'autre, comme le buf en
labourant fait des allers et retours d'un bout à l'autre du champ). |
L'usage de l'alphabet grec est attesté
par des inscriptions datant de la deuxième moitié du VIIIe
siècle avant J.-C., mais le caractère abouti de ces
inscriptions laisse penser que l'adaptation du phénicien à
la langue grecque serait bien antérieure et daterait plutôt
du Xe siècle. L'écriture grecque continue à s'élaborer
jusqu'au - Ve siècle et fixe son sens de lecture de gauche à
droite.
L'alphabet grec va servir de modèle à
d'autres pays de langue indo-européenne (ou caucasienne). Sa propagation
suit exactement l'expansion du christianisme. Emprunté par les
Égyptiens vers le IIIe siècle avant notre ère pour noter
leur langue à son ultime stade, il donne
l'écriture copte. Au IVe siècle
après J.-C., Wulfila, évêque d'origine cappadocienne,
convertit les Goths et traduit la Bible en mettant au point, à partir
des lettres grecques, l'alphabet gothique. Les Arméniens et
les Géorgiens, devenus chrétiens, créent au début
du Ve siècle leur propre alphabet, inspiré du grec, pour transcrire
dans leur langue respective les textes sacrés, écrits jusque
là en grec et en syriaque. La tradition attribue à un saint
homme du nom de Mesrop l'invention des deux
alphabets.
Au IXe siècle, les moines Cyrille et
Méthode évangélisent les Slaves et deux
écritures apparaissent dans les textes liturgiques : le
glagolitique, dont certains caractères complémentaires
du grec viendraient de l'hébreu, - et le cyrillique,
qui dériverait du glagolitique. À partir du XIIIe
siècle, les orthodoxes slaves n'utiliseront plus que le
cyrillique. |

Version grecque de l'Almageste de Ptolemée
Parchemin, IXe siècle.
Paris, BnF, Dép. des Manuscrits,, Grec |