L'histoire des supports de l'écrit


 
  La longue histoire des supports de l'écrit met tout à la fois en évidence la diversité des usages de l’écrit à travers l’histoire des sociétés et l’emprise progressive du texte sur le support.
 
  L'usage détermine le choix du support
 


caillou de Thèbes

Même si, parfois la nécessité contraint à utiliser ce que l’on trouve à sa portée - un caillou à Thèbes au IIe millénaire avant notre ère, un tesson de poterie grècque au IIe siècle pour donner acte d’un accord ou comme reçu d’impôt, ou encore, cas plus exceptionnel, sa chemise, dans le cas de Latude, emprisonné à la Bastille -, plus souvent c’est l’usage qui détermine le choix du support.
 
 

pierre

 

soie

 

bois

 

C’est dans la pierre que les civilisations anciennes ont gravé, pour l’éternité, leurs codes administratifs, tandis que des planchettes de bois ou des tablettes, brutes ou enduites de stuc ou de cire, ont couramment été employées du IIIe millénaire avant J.C. jusqu’au XXe siècle pour l’apprentissage et les écrits utilitaires. Les matières précieuses, elles, qu’il s’agisse de l’or, de la soie, de l’ivoire, ont toujours été réservées aux dieux et aux princes.

 
Les supports s'adaptent à la diffusion du texte
 
Les supports spécifiques de l’écrit, quant à eux, n’ont cessé d’évoluer, de l’argile au cédérom, vers une meilleure adaptation à la multiplication et à la diffusion des textes.Cette évolution se dessine selon deux grands axes :
 


Rouleau


Livre

· une évolution vers un " compactage " de plus en plus efficace du texte ; inaugurée par le passage du volumen ou rouleau, sur lequel on n’écrit généralement que d’un côté, au livre ou codex, qui permet, sur la même surface, de stocker deux fois plus de texte qu’avant, puis prolongée par la révolution des microformes, cette évolution se poursuit aujourd’hui avec l’accroissement constant de la capacité de mémoire des supports informatiques ;
 


Papyrus

 


Parchemin

· une émancipation progressive du texte par rapport au support : le support devenant de moins en moins contraignant, le texte organise de plus en plus l’architecture matérielle du support.
Ainsi, tant que régna le papyrus, le découpage du texte fut tributaire de la capacité du rouleau : Alberto Manguel, dans son Histoire de la lecture, suggère que la division de l’Iliade en vingt-quatre chants pourrait simplement provenir du fait que le poème d’Homère occupait vingt-quatre rouleaux.
Le parchemin, dont l’usage s’est répandu à partir du IVè siècle, possédait, en revanche, une souplesse jusqu’alors inconnue qui se " pliait " à toutes les exigences du texte.
 


Disque dur

 


Cédérom

Avec les supports informatiques, permettant de " transporter " des montagnes d’écrits sur des disquettes qui n’ont plus de poids, le texte désormais " s’envole " et se multiplie, et, tandis que le support d’inscription, la disquette ou le disque dur, semble s’amenuiser, le support d’impression, lui, ne cesse de croître et de se diversifier, redonnant parfois une extrême consistance à la matérialité de l’écriture, enfin libérée du souci de conservation du texte, chaque " écrivant " devenant aujourd’hui le metteur en scène de ses propres rêves…
 
  Une ouverture aux différentes cultures du monde
 
  Il s’agit d’explorer matières et formes dans leur diversité significative et d’amorcer une typologie. A partir de cet inventaire, on s’attachera à relier les matières aux formes, les matières et les formes aux usages d’une part, aux gestes de l’écriture et au texte d’autre part. L’histoire intellectuelle des sociétés humaines est inséparable de l’histoire matérielle des supports de l’écriture ; ils fixent et rendent visibles les gestes et les trouvailles d’une pensée qui, sans eux, sombrerait dans l’oubli.