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  Donatien-Alphonse-FranÇois, marquis de Sade, Historiettes, contes et fabliaux
Paris, la Bastille, 1787-1788
Papier, manuscrit autographe : premier jet portant des additions et corrections postérieures
21,05 x 17 cm
BnF, Manuscrits occidentaux, nouv. acq. fr. 4010
 
On a tout dit sur l’écriture carcérale de Sade, sur les quatorze années de détention, de 1777 à 1790, à Vincennes, à la Bastille puis à Charenton, où un jeune aristocrate débauché libérait ses fantasmes en un discours d’une violence qui n’a cessé de heurter ses lecteurs, et s’imposait comme un écrivain majeur de son siècle. De la discipline rigoureuse à laquelle s’astreignait le prisonnier dans la construction de son œuvre témoignent les pages raturées, bourrées d’additions et de corrections, les notes, plans et consignes de rédaction portées sur les couvertures de mauvais papier des dix-huit cahiers qui composent le recueil. Seules douze nouvelles furent publiées de son vivant, dont onze dans Les Crimes de l’amour en l’an VIII (1800). Encore manque-t-il un chaînon intermédiaire, les « beaux cahiers » réglés sur lesquels Sade recopiait ou faisait recopier ses brouillons avant de les détruire, une fois la mise au net, transmise à sa femme, placée en lieu sûr. Dans la correspondance échangée avec Madame de Sade et dans les impressionnantes listes de « besoins indispensables » à la vie du reclus, entre les commandes de livres, de bonnets ou de confitures, celles de papier et de cahiers sont d’une précision qui ne supporte aucune défaillance d’exécution : « Vingt cahiers de papier réglé. Quatre mains de beau papier commun, dit papier d’enveloppe. Douze cahiers de papier de Hollande ». Et de renvoyer les pièces qui ne lui conviennent pas : « Je ne vous ai point demandé un livre de cuisine, mais un joli manuscrit. Je vous renvoie votre bouquin : vous pourrez en faire présent à votre blanchisseuse […] ». Reste que pour son œuvre la plus forte, Les Cent Vingt Journées de Sodome, la mise au net inachevée, seule conservée, offre un tout autre aspect : couvert des deux côtés d’une écriture microscopique, un rouleau de deux mètres quarante, constitué de petites feuilles de onze centimètres collées, que Sade espérait dissimuler facilement à ses geôliers.