patience...
 

  Lettre écrite sur du linge avec son sang par Jean Henri Masers de Latude
Paris, 1761
Toile de lin écrue
125 x 32,5 cm
BnF, Arsenal, manuscrit 11693
 
Latude est l’un des prisonniers qui ont fait la légende de la Bastille. Né à Montagnac en 1725, Jean Henri, enfant naturel, devient aide-chirurgien en 1742. En 1748, il vient à Paris, où il se fait d’abord appeler Danry puis, à partir de 1761, Masers de Latude, en s’inventant un père putatif. En 1749, à cours de ressources mais non d’expédients, il imagine un faux complot contre la marquise de Pompadour pour s’attirer ses bonnes grâces en le dénonÇant. Jeté à la Bastille, il se montre un prisonnier tout à fait insupportable, multiplie les tentatives d’évasion et abuse de la patience de ses geôliers en essayant de communiquer avec les autres prisonniers et l’extérieur. Comme il en fait un usage immodéré, ne cessant de vouloir envoyer des lettres par centaines, on lui restreint la fourniture de papier. Aussi écrit-il sur des tablettes de mie de pain, fort bien d’après le major Chevalier, ou, avec son sang, sur des mouchoirs ou des morceaux de toile, ainsi au lieutenant de police Berryer : « Monseigneur, je vous écris avec de mon sang sur du linge, parce que messieurs les officiers me refusent d’encre et du papier », ce qui est faux ; de même, il adresse à Sartine cette interminable supplique pleine de récriminations, copiée sur des morceaux de toile cousus bout à bout. En 1784, enfin libéré, il devient le héros des salons grâce à ses émouvants mémoires, fort romancés et où il se donne le beau rôle de martyr, puis sous la Révolution, où il se pose en victime exemplaire du despotisme, jusqu’à sa mort, en 1805.