patience...
 

  Tablette coranique
Soudan, début du XXesiècle
Bois
35 x 14 cm
Musée de l’Homme, 33.60.66 (collection Grodet ; don Salomé Reist)
 
Institution traditionnelle dans toutes les régions islamisées, l’école coranique distingue plusieurs étapes : l’enfant s’initie d’abord à l’alphabet, puis à la syllabation en dessinant sur une planchette en bois les divers caractères et en articulant les sons. Son maître lui apprend à lire une sourate qu’il a transcrite pour lui, avant de passer à l’écriture proprement dite. Le matériel scolaire utilisé à ce niveau se résume à peu de chose : d’une part une planchette de bois (alluha) à peu près rectangulaire, d’environ quarante par vingt centimètres, surmontée d’une poignée ; d’autre part un encrier fait d’une petite calebasse, de la grosseur d’une pomme, pouvant contenir l’équivalent d’une tasse d’un mélange d’eau, de gomme arabique et de noir de fumée recueilli sous les marmites. Pour écrire, l’élève utilise le calame, un roseau taillé en pointe qui sert de plume (bindirgol). L’alluha est faite en général de bois ordinaire et s’achète au marché ; ce sont les artisans locaux qui la fabriquent ; plus rares, le contreplaqué et la tôle commencent à être utilisés. Propriété personnelle de l’élève, l’alluha reste dans la salle d’étude du maître pour éviter qu’en rentrant chez lui, l’élève y fasse recopier par un autre les sourates du Coran. Une fois la planchette ornée du texte sacré, l’élève en essaie la lecture devant le maître ; s’il parvient à lire sans faute un côté de l’alluha, il est autorisé à laver la planche : l’eau sera conservée avec précaution et donnée à boire aux plus jeunes, en accompagnement d’une bouillie de mil, pour faciliter leur apprentissage et les rendre intelligents. Au niveau de fin d’études, les tablettes peuvent être décorées par la calligraphie du maître avant d’être rapportées à la maison et lues en famille. Miroir de la richesse des paroles révélées, la tablette est le signe de la qualité de l’instruction et du niveau de l’élève. Quelle que soit leur langue maternelle, les millions de musulmans à travers le monde recopient en arabe « la tablette conservée » (lawh mah fuz).