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  Jean FranÇois, marquis de Saint Lambert. Premiers principes de latin rédigés à l’intention de Madame d’Houdetot
France, seconde moitié du XVIIIe siècle
Manuscrit autographe : 17 cartes à jouer, écrites au dos et paginées 2-18
8,2 x 5,5 cm
BnF, Manuscrits occidentaux, papiers de Madame d’Houdetot, achat 1993
 
La vogue des cartes à jouer, la rareté et le coût du papier et du carton ont provoqué, jusqu’au milieu du XIXe siècle, des utilisations inattendues des jeux de cartes. Les dos sans ornement firent souvent la joie des bibliothécaires en mal de fiches (c’est le cas d’une partie du catalogue de la bibliothèque de l’Arsenal), comme des bibliophiles, des généalogistes ou des notaires. Souvent dépareillées ou défectueuses, les cartes pouvaient servir de cartes de visite, de quittances, de bons de charité, de cartes d’invitation, de syllabaires…Auteur célèbre en son temps du poème Les Saisons (1769), Saint-Lambert est plus connu aujourd’hui comme le rival heureux de Voltaire et de Rousseau, amant de Madame du Châtelet, avant de devenir en 1751 celui de Madame d’Houdetot, l’inspiratrice de La Nouvelle Héloïse : une liaison qui dura jusqu’à sa mort, en 1803, le temps d’utiliser bien des jeux de cartes et d’inculquer sans doute à sa maîtresse des notions de latin moins rudimentaires que les déclinaisons portées au dos d’un roi de pique ou d’un valet de trèfle. Rousseau, de son côté, griffonnait vingt-sept ébauches des Rêveries du promeneur solitaire sur des cartes à jouer, actuellement conservées à la bibliothèque de Neuchâtel, tandis que Benjamin Constant y jetait des éléments de ses discours politiques, sans doute pour les lire à la tribune.