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  Francesco Oliva, carte-portulan de la Méditerranée
Messine, 1603
Vélin, 1 feuille manuscrite enluminée
90 x 54 cm
BnF, Cartes et Plans, Rés. Ge C 5093
 
Orientée l’ouest en haut, cette carte-portulan est organisée par rapport à l’axe O-E de la Méditerranée. Elle met en scène, de part et d’autre de cette ligne, à droite les souverains d’Europe, portant armures, épées et écus, et à gauche les souverains musulmans, vêtus de longues robes, armés de cimeterres et de boucliers ornés du croissant de l’Islam. Cette riche ornementation fait écho à la guerre opposant Turcs et Impériaux sur les fronts de Hongrie (1593-1606). L’ensemble est surmonté d’une composition soignée figurant, dans le cou de l’animal, sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus en majesté. Les cartes-portulans sont apparues en Italie du Nord (Gênes, Venise) au cours du xiiie siècle avec le renouveau des échanges maritimes en Méditerranée. ConÇues comme une aide à la navigation, elles présentent plusieurs caractéristiques, parmi lesquelles figure le support utilisé. Bâties sur un réseau de lignes, dites rhumbs, correspondant aux directions de la boussole, elles sont centrées sur le tracé des côtes ; les toponymes, pour l’essentiel les noms des ports et havres, sont inscrits à l’encre perpendiculairement au littoral en fonction de conventions de couleurs précises (les ports les plus importants en rouge, les autres en noir, etc.). Support ordinaire de l’écrit au moment où ces cartes sont apparues, le parchemin était particulièrement adapté à un usage nautique en raison de sa souplesse et de sa résistance ; la peau - de mouton ou de veau - était souvent employée dans sa totalité, comme en témoigne ici le rétrécissement correspondant au cou de l’animal. Production courante emportée à bord des navires, ou production de luxe, ornée et enluminée avec soin à l’attention de riches commanditaires -princes, armateurs ou marchands -, les cartes-portulans ont été confectionnées jusqu’au début du XVIIIe siècle dans les grands centres maritimes de l’Europe (Italie, Espagne, Portugal, etc.). Au XVIIe siècle cependant, face à la concurrence des grands atlas nautiques publiés aux Pays-Bas, le déclin de cette production cartographique s’amorce.