Le parchemin


Lieu

Moyen-Orient, Orient islamique, Occident.

Au IIe siècle avant J.-C., la bibliothèque de Pergame rivalisait avec celle d’Alexandrie. D’après Pline, le parchemin (de pergamena, " peau de Pergame ") y aurait été inventé pour remplacer le papyrus lorsque Ptolémée Épiphane en eut interdit l’exportation vers cette ville d’Asie Mineure (Turquie actuelle).

La peau animale tannée était déjà employée depuis longtemps pour divers usages, dont l’écriture : on écrivait sur le côté lisse du cuir (la face externe).

Le parchemin est vraisemblablement le résultat de la lente amélioration d’une technique qui abandonne peu à peu le tannage.


Dates d'utilisation


Diplôme,
Parchemin, Paris, 1830

À partir du IIe siècle avant J.-C. jusqu’au XIXe siècle

- dans le monde arabe, il est remplacé par le papier à partir du IXe siècle;

- en Occident, à partir du XVIe siècle, il est réservé à des usages particuliers.


Formes

Codex
A partir des Ier-IIe siècles ap. J.-C.

Volumen
Rouleau antique
Jusqu’au IV-Ve siècle.

Rotulus
Rouleau médiéval

Apparu à Rome au début de notre ère, le codex remplace peu à peu le volumen. Ce passage, fondamental pour l’évolution du livre et des habitudes de lecture et d’écriture, s’opère lentement. Avec le rouleau, tenu à deux mains, le lecteur a une vision panoramique sur plusieurs colonnes de texte, la lecture se fait à voix haute et en continu ; avec un codex, que l’on a tout loisir de feuilleter, d’annoter, la lecture peut devenir sélective et silencieuse.

En choisissant le codex, qui permet de réunir plus de textes, pour copier la Bible, les chrétiens jouent, à partir du IIe siècle, un rôle décisif dans cette révolution. Cependant, le codex ne triomphe qu’au début du IVe siècle en Occident romain et au Ve siècle dans le monde grec.

Les juifs l’adoptent seulement vers le VIIIe siècle, conservant le rouleau pour la copie de textes religieux.

La forme du rouleau reste utilisée durant tout le Moyen Âge mais elle est réservée à des usages bien particuliers


Préparation


parcheminier

On laisse tremper la peau de mouton, de chèvre ou de veau, dans un bain de chaux, qui permet ensuite d’ôter facilement, par raclage au couteau, la laine ou les poils. Seul le derme doit être conservé : il faut enlever l’épiderme et, du côté chair, la couche de graisse. On tend fortement la peau sur un châssis. La tension modifie la structure du derme, rendant le côté chair aussi lisse que le côté poil (la " fleur "). La peau est soigneusement écharnée avec un outil métallique ; elle peut être encore amincie des deux côtés au couteau et, une fois sèche, polie à la pierre ponce et à la poudre de craie si l’on veut blanchir le côté chair, naturellement plus jaunâtre, pour donner aux deux faces la même apparence.
Le parchemin ainsi obtenu est découpé en feuilles. Cousues les unes aux autres, elles forment un rouleau ; pliées et réunies en cahiers cousus ensemble, c’est un codex.
Les meilleures peaux sont celles de jeunes animaux ; la plus réputée, celle du veau mort-né, a donné le terme " vélin ", qui désigne plus largement les parchemins de qualité supérieure.

Outils


les instruments du copiste

Calames
Roseaux à bout carré ou pointu, parfois fendu.

Plumes d’oie, canif pour les tailler en biseau
(à partir du XIe siècle)

Grattoir

Règle et stylet ou mine de plomb, pour tracer la réglure

Corne à encre, encriers


Matière / graphie

La surface parfaitement lisse du parchemin requiert un outil souple. La plume (d’oie, le plus souvent) s’adapte parfaitement et permet aux copistes d’expérimenter des graphies successives, qui font évoluer l’écriture.

Matière / forme

Les feuillets de parchemin, parce qu’ils se plient facilement et peuvent être écrits au recto et au verso, remplacent peu à peu les tablettes de bois de la vie quotidienne et donnent naissance au codex ; grâce à la souplesse de son matériau, ce dernier adopte des formes et des formats variés.

La forme du codex rend possible une lecture sélective, qui agit en retour sur l’organisation des textes et la structure de la page.


Avantages

On trouve la matière première partout. Les pays fabriquent leur parchemin et ne sont plus dépendants de l’Égypte.
C’est un matériau solide.
On peut écrire des deux côtés. Un codex contient le texte de plusieurs rouleaux.
Il s’efface facilement. On peut gratter, laver ou poncer un manuscrit pour écrire un autre texte, appelé alors " palimpseste ".
Il se stocke et se conserve parfaitement. Les textes de la civilisation gréco-romaine parvenus jusqu’à nous sont ceux qui ont été recopiés des rouleaux de papyrus sur des codex de parchemin.

Inconvénients

Le coût de fabrication d’un livre est élevé. La matière première est chère : on tire d’une peau de veau ou de mouton un maximum de seize feuillets de petit format (tel celui des bibles " de poche " du XIIIe siècle). Un livre de dimensions moyennes réclame une quinzaine de peaux. Le travail du parcheminier est long et celui du copiste, encore bien plus : il faut plusieurs mois pour copier un ouvrage, parfois même plus d’une année.