Les arbres sont des alphabets, disaient les Grecs. Parmi tous les arbres-lettres, le palmier est le plus beau. De l’écriture, profuse et distincte comme le jet de ses palmes, il possède l’effet majeur : la retombée.
"Vers l’écriture", Roland Barthes par Roland Barthes, 1975


Feuilles, fibres, écorce supports de diverses traditions ethniques


Feuilles de palmier
Inde, XVIIe s.

L’écorce des arbres a depuis longtemps constitué un support d’écriture, que l’on grave directement sur l’arbre, ou que l’on utilise des fragments d’écorce, bruts ou préparés.

 
L’écorce de bouleau
, par exemple, a été très souvent utilisée dans les régions où cet arbre abonde : certaines parties de l’Inde, les pays slaves… En Russie, cette écorce, symboliquement associée au renouveau et aux jeunes filles, constitue de ce fait un support adapté aux lettres d’amour.

Fragment de lettre sur écorce de bouleau
Novgorod,vers 1370-1385

Le papier d'amate mexicain
(écorce de ficus)


papier mexicain, Codex,
Mexique, XVIe s.

Certains peuples de Mésoamérique, tels les Aztèques et les Mayas, ont employé, outre des peaux de cerfs, des fibres végétales : celles du coton et de l’agave ainsi que le liber de certains Ficus.
La plupart des " livres " et des toiles écrites indigènes qui nous sont parvenus datent d’après la Conquête, les anciens documents ayant quasiment disparu alors.
Les fibres en Asie du Sud-Est
Les Bataks, une peuplade du Nord de Sumatra, utilisaient encore au XIXe siècle des fibres d’agalloche, une euphorbiacée originaire des Indes orientales qui fournissait aussi un bois précieux ; ils en tiraient une longue bande de papier qui, une fois pliée en accordéon, formait un livre : un parabeïke.

écorce d'agalloche
recettes magiques, Sumatra, XIXe s.


parabeïke, papier de fibres de bambou
Thaïlande, XIXe s.

Les feuilles de palmier


scribe écrivant sur une ôle, 1831
Aquarelle indienne

Jusqu’au XXe siècle, dans le Sud de l’Inde, au Sri Lanka et dans tout le Sud-Est asiatique, on écrivit sur des feuilles de palmier, le talipot ou le latanier suivant les régions. Ces feuilles ou " ôles " (du tamoul ôlei, feuille) étaient spécialement préparées pour recevoir l’écriture, incisée au stylet métallique au recto et au verso ; elles témoignent, une fois encore, de l’ingéniosité des hommes dans l’utilisation des matériaux qui étaient à leur disposition. Réunies entre des tablettes de bois grâce à des cordelettes passées par des trous, ces " ôles " étaient la forme traditionnelle des livres indiens et plus particulièrement des textes sacrés bouddhiques.
Le papier malgache : l'antemoro
Fabriqué encore de nos jours de façon traditionnelle à Madagascar, le papier malgache attesté depuis le XVIe siècle, sert à consigner les sorabé (littéralement "la grande écriture") : textes malgaches en écriture arabe. Ce papier est fabriqué à partir de l'écorce de l'arbre havoha, de la même famille que le mûrier et le figuier.
Papier malgache (antemoro), Sorabé, Madagascar, XVIIe s.