Les ôles ou feuilles de palmier


Lieu

Inde et Asie du Sud-Est.


Dates d'utilisation

Du Ier siècle au XVe siècle en Inde du Nord.
(encore en usage, de façon marginale, en Inde du Sud et Asie du Sud-Est.)

La tradition veut que les feuilles de palmier aient recueilli, dès le VIe siècle avant J.-C., la première écriture des textes bouddhiques, mais cet usage n’est attesté qu’à partir du début de notre ère.

Nord-Ouest de l’Inde : le papier (introduit par les Arabes) commence à être utilisé au XIVe siècle et la fabrication des feuilles de palmier est abandonnée au XVe siècle ; au Népal, il devient le support habituel vers le milieu du XVIe siècle. Le Bengale, où le papier est communément employé à partir du XVIIe siècle, continue à produire des manuscrits (et des imprimés) sur feuilles de palmier jusqu’au XXe siècle.

L’Inde du Sud reste attachée à l’usage de l’ôle ; les lettrés hindous, les brahmanes, regardent avec méfiance le papier, produit fabriqué par une communauté étrangère (les musulmans).


Formes

Ôles
La forme du livre en feuilles de palmier s’identifie à celle, oblongue, de son support : on parle donc d’ôles, dans les deux cas.

Préparation

La palme est prélevée lorsque ses feuilles sont encore repliées sur elles-mêmes, unies par leur sommet. Coupées à leur extrémité, elles se déploient et sèchent ainsi à l’air libre plusieurs jours ; puis, elles sont empilées. Au bout d’un mois, on les sépare les unes des autres et on les fait bouillir dans de l’eau de riz ou du lait. Après séchage à plat au soleil, les feuilles sont coupées aux dimensions voulues, rassemblées en paquets de cinq cents et serrées dans une presse de bois. Une cuisson prolongée au four les préserve des moisissures.Elles sont ensuite poncées une par une.
Réunies en liasses, elles sont perforées de deux trous (un seul trou pour les petits formats) destinés à laisser passer la cordelette qui les maintiendra.

Ce sont ces feuilles que le copiste-graveur achète. Après avoir tracé des lignes au noir de fumée (en moyenne cinq lignes par feuille, recto et verso), il écrit son texte à l’aide d’un stylet métallique, dont il coince la pointe dans l’encoche pratiquée dans l’ongle de son pouce. Le stylet, ainsi maintenu perpendiculaire, incise la surface sans la déchirer. La main droite ne se déplace pas, c’est le pouce gauche qui fait glisser la feuille de son côté. Le texte une fois copié, il faut l’encrer en passant sur les feuilles un tampon imbibé d’un mélange d’huile résineuse et de noir de fumée. C’est seulement à ce moment-là que le graveur voit vraiment ce qu’il a écrit.


Outils

Stylets métalliques.

Matière / graphie

À l’origine, la graphie de la brahmi, écriture dont dérivent toutes les écritures indiennes, était anguleuse, appropriée à la pierre, les caractères d’un même mot parfois liés par un trait horizontal. Une telle graphie, avec ce trait horizontal parallèle à la fibre, ne pouvait être gravée au stylet dans la feuille de palmier sans la déchirer. Ainsi les écritures du Sud de l’Inde (le Nord utilisant plutôt l’encre et le pinceau) sont-elles devenues cursives, les caractères se sont arrondis et séparés les uns des autres.

Matière / forme

Les livres indiens ont pris la forme oblongue de la feuille de palmier et l’ont conservée longtemps, quelle que soit la matière choisie (métal, ivoire, tissu et même papier), qu’ils soient manuscrits ou imprimés.

Leur longueur peut varier selon l’arbre utilisé ; si elle est souvent de 25 cm, celle des manuscrits réalisés à partir des feuilles de latanier peut cependant atteindre 60 cm.


Avantages

Les ôles constituent un support strictement végétal, c’est un avantage décisif dans une culture scripturaire fortement liée à la tradition bouddhique, qui interdit le recours aux produits d’origine animale
La matière première pouvait être cultivée sur place : les monastères bouddhistes, centres de production des livres, possédaient leur plantation.

Inconvénients

Matériau périssable, sensible à l’humidité et apprécié des insectes.