Supports de proximité ou de fortune


Au IIe millénaire, on emploie couramment des cailloux trouvés sur place pour noter quelque fait qui vient de se produire, ou bien une liste d’objets à commander, un reçu, une lettre…
Dans le Sud-Ouest asiatique, où le bambou pousse en abondance, il est facile, dans l’urgence, de couper une partie de tige pour y écrire une missive.
Bambou gravé
Sud-Est Asiatique
XVIIIe s.

Il est plus difficile aux prisonniers de la Bastille, lorsqu’ils sont privés de plume et de papier, d’envoyer un appel au secours : l’un choisira d’écrire avec son sang sur un morceau de sa chemise, l’autre de broder un message qu’il tentera de faire passer, peut-être en le jetant à travers les barreaux, comme une bouteille à la mer.
Lettre écrite sur du linge avec du sang par Latude
Paris, 1761
Par nécessité ou par commodité


Ostracon égyptien,
Pierre et encre
1226 avt J.-C.

Moins coûteux que le papyrus, les débris de vases voir de simples éclats de pierre pouvaient être utilisés en Egypte comme supports d’écriture improvisés. Ces innombrables ostraca (du grec ostrakon, qui signifie "coquille"), étaient couramment utilisés pour noter des actes de la vie de tous les jours, lettres, documents administratifs, listes et comptes. Ils sont écrits en écriture cursive, hiératique*, puis à partir du VIIe siècle avant J.-C., démotique*. Ils constituent aujourd’hui des témoignages privilégiés de la vie quotidienne au temps des Pharaons.
Par nécessité ou par jeu ?
Il arrive parfois que le caractère aléatoire du support de l’écriture augmente l’intensité d’un message dont il atteste l’urgence et souligne la nécessité.

C’est peut-être le propre de l’écriture littéraire que de savoir transformer n’importe quelle matière pour en faire un support pleinement associé au message.

Le geste d'écrire


Blaise Cendrars,
Lettre à Delaunay
sur un paquet de cigarette,
France, 1915

L’urgence d’écrire nous restitue à l’état vif les ressorts premiers de l’écriture. Cette capacité nerveuse à se saisir d’une matière de fortune pour en faire un support d’écriture, à jouer, dans la vitesse ou la nécessité, avec ce qui vient, pour faire mémoire, ou pour rendre visible une parole devenant ainsi irréversible, ou encore pour faire inscription et laisser trace, marquer une émotion ou un passage.

C’est peut être dans le jaillissement de ces écritures improvisées que se révèlent avec le plus de force les enjeux profonds du geste d’écrire.


* Hiératique, démotique : à la suite de l’écriture hiéroglyphique à caractère monumental, les Egyptiens ont développé deux styles d’écritures cursives mieux adaptées au papyrus :
- l’écriture hiératique aux signes simplifiés qui permet une reproduction rapide des textes administratifs, commerciaux mais aussi littéraires, scientifiques ou religieux.
- l’écriture démotique encore plus cursive, riche en ligatures et en abréviations, devient à partir du VIIe siècle avant J.-C. l’écriture officielle de l’Egypte.
  

Piste pédagogique :

• Le support pour un artiste, le support pour un écrivain, le support pour toute autre personne écrivant : différences et ressemblances.

• Toute matière se prête-t-elle à devenir un support d’écriture ?

• L’œuvre d’art est-elle séparable de son support ?

• L’écriture, liée à la répétition (répétition graphique de signes empruntés, mais aussi machine à fixer et répéter sans fin la parole) ne tend-elle pas à propager une relative indifférence au support ? Les messages n’y sont-ils pas toujours transférables ?