L’encre du savant vaut mieux que le sang du martyr.
Hadith musulman


 
 

Les encres, véhicules de l'écriture

 
  La fabrication des premières encres nous reste aujourd’hui mystérieuse.
 
  Les encres égyptiennes
 
 
En Egypte l’encre a été utilisée dès le IVe millénaire avant notre ère mais les premières recettes attestées datent de la période hellénistique. L’encre noire était obtenue par dissolution dans l’eau de noir de fumée ou d’autres carbones issus de tous produits de calcination, l’encre rouge était à base de terre, de cinabre ou de minium. Les encres anciennes se présentaient sous forme solide, diluée au moment de l’écriture.
 
Papyrus magique,
Encre au carbone,
Egypte, XIe s. av.J.-C.
 
  Les encres médiévales
 
  Les encres médiévales occidentales se répartissent schématiquement en deux classes :
encres au carbone : elles sont constituées d’un pigment noir auquel on ajoute un liant généralement de nature glucidique (gomme d’arbres, gomme arabique, miel) ou protéinique (blanc d’œuf, gélatine, colle de peau) ou encore lipidique (huiles).
encres métallo-galliques : elles sont préparées à partir d’extraits végétaux, comme la noix de galle. On ajoute à ces extraits obtenus par décoction ou par macération, puis filtrés, un sel métallique : sulfate de cuivre ou de fer. Ce sulfate réagit aux substances actives de l’extrait végétal et produit un précipité noir dont on augmente la viscosité en ajoutant un liant, généralement de la gomme arabique.

Les encres métallo-galliques sont souvent corrosives : il peut arriver, quand le mélange est trop acide, que l’encre attaque le support. Parallèlement à ces encres métallo-galliques devaient exister au Moyen Age des encres strictement végétales, jaunes ou brunes, et des encres strictement métalliques, jaunes et très corrosives.

 
  Les encres chinoises
 
  Le symbole chinois correspondant à "mo", l’encre, semble être la fusion de deux racines : l’une signifiant "le noir", l’autre "la terre". Les encre noires les plus anciennes dont on a relevé les traces sur des poteries ou des tablettes de bois datant du IIe millénaire avant J.-C., étaient des substances à base de carbone. Tchao Hi Kou résume ainsi l’évolution des encres en Chine :

Dans les temps anciens, l’écriture était tracée par un stylet de bambou trempé dans la laque ; ensuite avec un liquide obtenu en frottant un morceau de pierre à encre et ce n’est pas avant les dynasties Wei et Tsin (221-419 après J.-C.) que les boules d’encres ont été fabriquées en mélangeant le noir de fumée des laques et des bois de pins.
Tsuen Hsuin Tsien, Written on bamboo and silk... University of Chicago Press, 1962.


C’est donc au IIIe siècle que l’encre de Chine telle que nous la connaissons aujourd’hui, sous forme solide, gâteaux plats et bâtonnets, aurait fait son apparition. La laque dont l’usage remonte à la plus haute antiquité est constituée d’une résine de sumac qui noircit une fois extraite de l’arbre.

En Chine, l’encre a un statut presque divin et c’est ainsi que l’évoquent les moines bouddhistes :


Cette encre, elle est faite pour des livres authentiquement saints
Et pour des édits impériaux.
Il va falloir beaucoup d’efforts pour l’user.
Lorsque dans une couleur conforme aux prescriptions,
Elle coule sur le bâton qui vient du Touan
Le papier de Sen tch’ouan qui porte les épîtres
Met en valeur son éclat raffiné
(Ce papier) qui grâce à ta peine
Peut être couvert de couleur.
Si l’on se séparait d’elle,
Ce serait comme si un pêcheur oubliait sa nasse

H. Franke, Kulturgschichtlisches über die Chinesische Tusche, Munich, 1962.