Le goût de la lettre, rituels d'incorporation de l'écriture coranique

 

Pièce de cornaline destinée à apaiser le mourant, Agate, Iran, XXe s.
La tradition islamique attribue au Coran un immense pouvoir : il est la Parole divine elle-même. Dans les régions islamisées d’Afrique de l’Ouest, les rituels qui accompagnent les gestes de l’écriture coranique contribuent directement à son efficacité, qui repose dans tous les cas sur l’incorporation du texte.

La connaissance parfaite du texte, c’est sa récitation. Appris "par cœur", chacun l’assimile intérieurement et capte ainsi la puissance divine.

L’absorption d’un liquide imprégné des caractères d’écriture est certes beaucoup moins efficace que l’assimilation mentale du texte coranique, mais elle constitue une autre forme d’incorporation du message divin. L’eau de lavage des écrits peut protéger contre les maladies, garantir le succès professionnel, écarter des épidémies, Protecteur ou guérisseur, le texte agit quel que soit le support qui l’accueille1.

Au Mali, au Sénégal et en Mauritanie, les marabouts Soninké prescrivent, pour la guérison, de boire l’encre, diluée dans l’eau, ayant servi à tracer les caractères sur la planchette coranique. Le liquide de lavage du texte coranique, notamment lorsque celui-ci figure sur des vêtements, peut être utilisé pour se laver le corps.

Obstinément manuscrit, l’écrit coranique ouest-africain renvoie à un Coran des origines, transmis par la main et le calame : le geste vient ici, enserré dans un rituel précis, activer sans cesse l’emprise magique d’un texte sur un support.

 
  1 Abdullahi Osman EL-TOM, 1985, "Drinking the Koran : the meaning of koranic verses in Berli erasure", Africa. 55 (4), 414-431.