Matières pérennes, écrits éternels


 

Kudduru (stèle) portant des symboles divins, Calcaire, Suze, IIe mill. av. J.-C.
 
 
  exemples de symboles
Les Inscriptions dans la pierre sont quasiment universelles. Mieux que d’autres matériaux plus périssables, la pierre a gardé trace des premiers signes d’écriture, mais surtout, elle a «été choisie de volonté délibérée chaque fois qu’on a voulu donner à l’écrit durée, solennité et publicité : matériau presque indestructible, la pierre pérennise le message qu’elle porte.

Aussi fut-elle le support de prédilection des textes fondateurs de nombreuses civilisations, qu’ils émanent d’autorités religieuses ou politiques.

Même si le métal, lui-aussi, offre une garantie de durée -il est toujours utilisé pour les plaques commémoratives-, c’est la pierre qui, dans son emploi pour les inscriptions funéraires, illustre finalement le mieux la quête humaine d’éternité.

 
  Quand le message ne doit pas s’effacer
 
  Si l’argile était en Mésopotamie le support "obligé" de l’écriture, il arrivait pourtant que pour transcrire des messages royaux on fît appel à d’autres matériaux plus durs, importés des montagnes lointaines souvent à grands frais. Plus rares et plus beaux que l’argile usuelle, les supports, (or, argent, cuivre, bronze, lapis-lazuli, cornaline, agate, dioùte noire ou albâtre) capables de défier l’éternité, étaient les supports de l’écriture destinée aux dieux et aux rois.
 
Ici la figurine en cuivre représente le roi, il porte sur la tête un couffin rempli de briques, emblèmes de sa fonction de bâtisseur. L’objet inscrit à son extrémité devait être enfoui comme un clou dans le sol afin de purifier les fondations du temple et d’en chasser les démons. Ce geste rituel en même temps avait pour fonction d’assurer la stabilité du peuple en reliant ses bases souterraines aux constructions dressées au-dessus du sol.

Le support ici participe pleinement au message dont il garantit la pérennité.

Figurine-clou,
Cuivre, 24x8 cm,
Suze, XXIe s. avt J.-C.
 
Tablette de fondation,  
Stéatite,7x5 cm,
Suze, XXIe s. avt J.-C.
  Gravée dans la pierre
 
  Aux antipodes de l’écriture sur le sable qui joue avec l’éphémère, l’écriture gravée dans le marbre fixe le message pour l’éternité, dans une rigide graphie monumentale organisant la "page" comme un tableau géométrique dont les instruments sont la règle, le compas, le ciseau.
 
 


Stèle en marbre portant un décret impérial, (extrait)
Palestine, Ier s. av. J.-C.

 

Piste pédagogique :

• En Mésopotamie, à côté des documents d’argile qui pouvaient parfois être cassés, une fois la transaction commerciale achevée, les matières dures et précieuses étaient utilisées pour les inscriptions votives destinées à perpétuer le souvenir des souverains. Statues, vases de métal ou de pierre, armes ou têtes de masses d’armes, sceaux ou perles recevaient l’inscription du nom des rois gravée au poinçon.
Rechercher dans la poésie romantique des traces de ce désir d’éternité, "ce dur désir de durer" dont parle Paul Eluard.

• Repérer dans les cultures asiatiques les traces d’une sensibilité inverse, privilégiant parfois les supports éphémères comme miroirs de la fragilité humaine