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Grande Bretagne

Le Livre des merveilles du monde ou Les Secrets de l'Histoire naturelle. Cognac, Robinet Testard, vers 1480-1485. Manuscrit sur parchemin (95 ff., 30,5 x 21 cm).
BNF, Manuscrits (Fr. 22971 f 9v)

Plusieurs légendes sont consacrées à la "Grande Bretagne" ou "Angleterre". L'image met en évidence l'aspect insulaire. Au premier plan la grande île de Bretagne où les hommes s'exercent aux armes devant une vaste cité fortifiée. À l'arrière plan d'autres îles plus petites, à l'habitat plus clairsemé voire inexistant. Des îles moins peuplées, certaines encore sauvages, soumises à la grande comme le rappelle la légende : "'elle est environnée tout autour de ysles moult bien habitées et peuplées et qui sont moult fructueuses, lesquelles sont subjectes à ceste noble ysle qui est la principale seignourie." Des îles qui sont peut-être les Hébrides dont la légende rapporte les coutumes modèles :

Item dit Solin que près de la Grende Bretagne a cinq ysles appellées des ysles des Hébrides dont le peuple de ces ysles fut de merveilleuse discipline et condicion.

Parmi lesquelles : l'absence de toute propriété individuelle, y compris pour le souverain régulièrement élu :

Car premièrement, toutes choses leurs estoient communes et leur roy n'avoit rien qui fust sien propre, mais vivoit sur le commun ne se pouvoit rien aproprier ni applicquer à soy ni à son proufit... Et par ainsi le royaume demeuroit touzjours en la seignorie et au gouvernement du commun peuple, et pouvoit prendre et eslire leur roy entr'euls tel homme comme il leur plaisoit.

Et ce afin de préserver la justice :

Et le faisoint ceste gent afin que leur roy ne fust en fait de justice mené par avarice et aussi afin qu'il ne leur tournast point à préjudice.

Absence également de tout esprit de conquête :

Item leur roy ne pouvoit rien conquester, ni en terre ni en mer, ni en son païs ni ailleurs.

De tout népotisme

Item, leur roy ne se pouvoit marier ni lignée avoir ni procréer, afin qu'il ne plust à son propre et singulier proufit que il ne fist pour le bien publicque et pour le bien commun, et aussi afin que les enfans ne pussent alléguer ni demander aucun droit ou royaume, tant par droit de succession comme autrement.

Compensé seulement par une jouissance commune des femmes :

Item dit Solin que aussi comme leur roy vivoit et devoit vivre sur le commun lui et son estat, tout aussi pouvoi-il prandre et avoir, pour une fois pour faire son plaisir, chacune femme, fille ou pycelle où il prenoit plaisir.

Îles d'Utopie avant la lettre projetées aux confins de l'Occident.