Le jeu d'échecs dit "de Charlemagne"

Charlemagne, qui régnait autour de 800, n'a pas connu le jeu d'échecs, introduit en Occident par les Arabes deux siècles plus tard. Mais l'abbaye royale de Saint-Denis a longtemps conservé dans son trésor de spectaculaires pièces en ivoire dont la légende voulait qu'elles aient été offertes à l'empereur par le calife de Bagdad Haroun al-Rachid à l'occasion de son couronnement. En fait, ces échecs ne datent pas de l'époque carolingienne mais de la fin du XIe siècle. Ils ne proviennent pas d'Orient mais d'un atelier d'Italie méridionale, probablement Salerne.

De dimension inhabituelle, ces échecs sont trop imposants pour être manipulés sur un plateau de jeu : ce sont des pièces d'apparat, faites pour être thésaurisées et prendre place dans un trésor, royal ou ecclésiastique. Leur fonction n'est pas ludique mais symbolique. Le jeu lui-même constitue pour la société médiévale un système symbolique exemplaire permettant d'appréhender la place de chacun.

C'est à la suite des confiscations révolutionnaires que le jeu "de Charlemagne" est entré dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, en 1793. Œuvre emblématique du musée des Monnaies, Médailles et Antiques, il compte parmi les plus beaux objets en ivoire que le Moyen Âge nous ait transmis.