Le jeu en Chine


Aux VIe-VIIe siècles, pèlerins bouddhistes et marchands essaiment le jeu indien le long de la route de la Soie jusqu'en Chine. Bien accueilli, le jeu est investi par les propres traditions de l'empire du Milieu et devient le xiang qi, "jeu des figurines d'ivoire". Transformé en "général", le roi reste confiné dans quatre cases, dites "forteresse impériale". Deux nouvelles pièces sont introduites : les "canons". La table de jeu devient rectangle, scindée en deux par un espace médian symbolisant le fleuve Jaune sacré. Placées aux intersections, les pièces ne se déplacent plus suivant les cases mais le long des lignes. Les règles sont modifiées pour accélérer le jeu, jugé trop lent en ouverture. À la fin du Xe siècle, les parties s'achèvent rapidement, autour du vingtième coup. Au fil du temps, le xiang qi est devenu le jeu favori des classes populaires, l'élite lui préférant le wei qi, ancêtre du jeu de go.

Les échecs japonais


Après une escale en Corée, le jeu chinois s'implante au Japon au début du XIe siècle. Il est alors vidé de sa substance guerrière originelle et prend une dimension onirique : c'est le shôgi. Au duel stratégique, les échecs japonais préfèrent un affrontement de deux forces cosmiques. Totalement atypique, le shôgi se joue avec quarante jetons plats, taillés en pointes, identiques pour les deux camps et distingués par des idéogrammes. Les pièces perdent leurs connotations guerrières pour une désignation plus poétique : un "général d'or" ou "d'argent" commande des "chars parfumés" ou "célestes" ; des licornes et des phénix sont introduits. À l'époque des Tokugawa (1607-1867), le shôgi devient une institution nationale. Trois familles sont chargées d'enseigner les règles du jeu dans un shôgi-dokoro, "maison des échecs", et reçoivent une rente régulière. Le grand champion est choisi parmi leurs membres et obtient le titre de meijin. Cette tradition s'est perpétuée de père en fils pendant deux cent cinquante ans. Aujourd'hui, le shôgi est un jeu très populaire pour lequel sont régulièrement organisés des concours nationaux.