L'échiquier



L'échiquier est la table du jeu d'échecs. Il est composé d'un carré de huit cases sur huit, soit soixante-quatre cases au total. Huit est le nombre sacré de la cosmogonie hindoue : la somme des carrés des soixante-quatre cases explique la marche du temps et des siècles. C'est en effet le tchaturanga - l'ancien jeu indien des "quatre rois", ancêtre des échecs - qui a donné aux échecs sa table de jeu.

Au cours de ses voyages, l'échiquier s'est parfois transformé. Il a pu être élargi à douze cases sur douze pour offrir aux armées un plus large champ de combat, ou au contraire réduit à six cases sur six, voire sept sur sept, ou encore former un rectangle de six cases sur huit. En fait, le nombre soixante-quatre est peu symbolique pour la culture occidentale qui aurait préféré trente-six, quarante-neuf ou soixante-douze cases. Mais la plupart des échiquiers médiévaux comptent soixante-quatre cases et forment un carré moyen de 40 x 40 cm. L'échiquier rond est une particularité byzantine qui n'a pas rencontré de succès ailleurs.

Le quadrillage en damier noir et blanc est assez tardif. Indiens, Perses et Arabes jouèrent sur une table unicolore, parfois une grille tracée à même le sol. C'est pour des partis pris esthétiques, en réalisant des échiquiers luxueux pour le plaisir des aristocrates, que le damier s'est imposé. Il prend une dimension symbolique à partir du XIIIe siècle : "Le monde ressemble à l'échiquier quadrillé noir et blanc, ces deux couleurs symbolisant les conditions de vie et de mort, de bonté et de péché."
   

Du quadrillage divinatoire à la table de jeu


L'échiquier primitif de l'ancien jeu indien est un diagramme unicolore de soixante-quatre cases. Dans l'Inde védique, une telle figure géométrique est déjà employée par les brahmanes pour établir les plans des temples et des cités. Les quatre cases centrales incarnent la résidence de Brahma, le dieu créateur, les soixante autres celles des dieux secondaires du panthéon hindou. Grecs et Perses perdent cet usage rituel du diagramme vers 600 av. J.-C. Ils établissent une table dite "huit carrés", support de nombreux jeux.

Une table de compte


L'échiquier peut servir de support à l'instruction arithmétique des enfants : il permet d'enseigner la progression géométrique, par le biais d'un exemple légendaire emprunté à l'Antiquité. Aristote, précepteur d'Alexandre le Grand, pose la question suivante à son jeune élève : que faut-il répondre à un quémandeur qui demande à son prince de lui faire la faveur d'autant de grains de blé que peut contenir l'échiquier si l'on double à chaque case le nombre de grains, en partant de la première case sur laquelle on n'a placé qu'un grain ? Si le prince accorde la faveur sans réfléchir, il est ruiné. Car le total se monte à une somme astronomique !

Plus prosaïquement, les artisans des villes, dès le XIIIe siècle, se servent du plateau quadrillé de l'échiquier comme d'une table de compte, à la manière d'un boulier. La multiplication est notamment pratiquée dessus.

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