Neuf raisons pour ne pas jouer

 

 

 

 

Nous aurons à plusieurs reprises, tout au long de ce modeste ouvrage, pour aider à la compréhension de certains principes du jeu, l'occasion de parler des échecs.
Comprenez bien que ce n'est là qu'une béquille, imposée par la fâcheuse popularité de ce jeu minable en France.
Car, il faut bien se pénétrer de cette idée majeure : le GO, c'est l'anti-échecs.
Le jeu de GO n'est pas le jeu d'échecs japonais. Il existe un jeu d'échecs japonais, même qu'il s'appelle le Shôgi. On n'a jamais vu un joueur de GO jouer au Shôgi.
Qu'il nous soit donc permis de résumer ici tout le mal que nous pensons des échecs.

1. C'est un jeu féodal, fondé sur l'Exaltation du Tournoi et l'inégalité sociale.
2. C'est un jeu dont les règles varient tous les trois siècles.
3. C'est un jeu d'une antiquité contestable (à peu près contemporain de la Canasta !)
4. C'est un jeu qui (comme les Dames !) ne connaît que trois issues sans nuances : la victoire, la défaite, le nul. On gagne, on perd, certes, mais on ne peut pas gagner d'un point, ce qui est l'un des suprêmes raffinements du GO !
5. Pis d'abord, c'est pas un jeu qui rend poli !
6. Deux joueurs de force différente ne peuvent pas jouer ensemble avec intérêt pour le plus fort.
7. Une partie d'échecs dure tout au plus trente coups.
8. C'est un jeu confus où il n'y a pas deux pièces qui fassent la même chose.
9. Nous ne savons pas jouer aux échecs.
Il est inutile d'ajouter que le GO n'a aucun de ces manques (à l'exception du point n° 9, mais, en France, nous sommes à peu près les seuls à le savoir).

 

 

Pierre Lusson, Georges Perec, Jacques Roubaud,
Petit Traité invitant à la découverte de l'art subtil du go,
"Des échecs", 1969 (Christian Bourgois)