Blancs et noirs

 

 

 

La partie, une Affence Endon, ou Zweispringerspott, fut la suivante :

  Les Blancs (Murphy)   Les Noirs (Endon) (a)
 
  1. e4 (b)
  2. Ch3
  3. Tg1
  4. Cc3
  5. Cd5 (c)
  6. Th1
  7. Cc3
  8. Cb1
  9. Cg1
10. g3 (e)
11. Ce2 
12. g4
13. Cg3
14.Fe2
15. d3
16. Dd2
17. Rd1
18. Cc3 (g)
19. Tb1
20. Ca4
21. b3
22. Tg1
23. Fb2
24. Rc1
25. Fc3 (i)
26. b4
27. Dh6 (j)
28. Df6
29. Fe5
30. Cc5 (l) 
31. Ch1 (n) 
32. Rb2 ! !
33. Rb3
34. Ra4
35. Ra5
36. Ff4
37. Dc3
38. Ca6 (p)
39. Rb5
40. Ra5
41. Dc6
42. Rb5
43. Ra5

  1. Ch6
  2. Tg8
  3. Cc6
  4. Ce5
  5. Th8
  6. Cc6
  7. Cg8
  8. Cb8 (d)
  9. e6
10. Ce7
11. Cg6
12. Fe7
13. D6
14. Dd7
15. Rd8 (f)
16. De8
17. Cd7
18. Tb8
19. Cb6
20. Fd7
21. Tg8
22. Rc8 (h)
23. Df8
24. Fe8
25. Ch8
26. Fd8
27. Ca8 (k)
28. Cg6
29. Fe7
30. Rd8 (m)
31. Fd7
32. Th8
33. Fc8
34. De8 (o)
35. Cb6
36. Cd7
37. Ta8
38. Ff8
39. Ce7
40. Cb8
41. Cg8
42. Re7 (q)
43. Dd8 (r)

Et les Blancs abandonnent.

(a)


(b)

(c)
(d)
(e)
(f)

(g)
(h)
(i)

(j)
(k)
(l)

(m)



(n)
(o)




(p)


(q)

(r)

Monsieur Endon prenait toujours les Noirs. Si on lui proposait de prendre les Blancs, il rentrait pour ainsi dire la tête sous l'aile, sans le moindre signe, de rancune.
Cause primaire de toutes les difficultés subséquentes des Blancs.
Mauvais, mais apparemment rien de mieux.
Bel et ingénieux début, appelé parfois le "bol d'air".
Mal jugé.
Jamais vu au café de la Régence, rarement au Divan de Simpson.
Le drapeau de détresse.
Exquisément joué.
Il est difficile de concevoir une situation plus déplorable que celle des infortunés Blancs en ce moment.
L'ingéniosité du désespoir.
Les Noirs ont maintenant un jeu irrésistible.
L'entêtement avec lequel les Blancs s'acharnent à perdre une pièce est digne de tout éloge.
À ce point Monsieur Endon, sans même se donner la peine de dire : "J'adoube", mit sens dessus, dessous son Roi et la Tour de sa Dame, posture qu'ils devaient garder jusqu'à la fin de la partie.
Coup de repos un peu tardif.
Monsieur Endon ne donnant pas échec de vive voix, ni autrement le moindre signe de savoir qu'il attaquait le Roi de son adversaire, ou plutôt vis-à-vis, Murphy était dispensé, conformément à la loi 18, de s'en occuper. Mais cela aurait été admettre que le salut était adventice.
Il n'est pas au pouvoir de la parole écrite d'exprimer l'angoisse d'âme qui inspira aux Blancs cette abjecte offensive.
La fin de ce solitaire est admirablement jouée par Monsieur Endon.
Insister davantage serait frivole et vexatoire, et Murphy abandonne.

Suivant le quarante-troisième coup de Monsieur Endon, Murphy fixa longuement l'échiquier avant de coucher doucement son Roi sur le flanc, et puis longuement encore après cet acte de soumission.

 

 

Samuel Beckett, Murphy, 1965 (Minuit)