La hiérarchie des pièces

 

 

 

Ce caractère représente une révolution dans l'histoire des jeux. Non pas que dans certains jeux anciens telle ou telle pièce n'ait pas dominé d'autres ou n'ait pas connu des promotions, leur conférant des pouvoirs supérieurs, mais ici, ce sont les éléments d'une société qui sont figurés dans leurs différences. Du coup les caractères des pièces se lisent autrement : le roi qui n'avance que d'un pas prudent toujours protégé. Un vizir également timide dans les premiers temps, à la dévotion du roi, sans oser prendre le pas sur lui. Des fous courant de biais, des tours appuyées sur les angles, redoutables et lourdes machines fonçant suivant les quatre points cardinaux, les cavaliers caracolant et sautant les obstacles insaisissables.
Cette vision hiérarchique précise le second caractère du jeu d'échecs : des pièces dont certains ont le pas sur d'autres. Nous retrouverons plus tard ce phénomène dans les cartes, sans oublier cependant que le dé propose par définition des résultats hiérarchisés – mais nous sommes passés du nombre à la qualité, laquelle est manifestée par des mouvements spécifiques.

 

 

Jean-Marie Lhôte, Histoire des jeux de société, 1994 (Flammarion)