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l'aventure des écritures

Le cheval de Troie

Nom de l'auteur
Morris Hambourg Maria, Szarkowski John, The Work of Atget, Vol 1, Old France, New York – Boston, The Museum of Modern Art-New York Graphic Society, 1981, p. 18-19, cite in Krauss Rosalind, "Les espaces discursifs de la photographie", in Le Photographique. Pour une théorie des Écarts, traduction Marc Bloch et Jean Kempf, Paris, Macula, 1990, traduction Marc Bloch
Zones commerciales, voies lactées, ô sœurs lumineuses, aplaties derrière vos talus bordés de poteaux en ciment supportant des grillages où s’entortillent des touffes d’herbe jaune et contre lesquels le vent plaque poches en plastique, pages de journaux, prospectus abandonnés. Zones traversées par des lignes à haute tension, reléguées aux abords des villes, là où les rocades s’abandonnent aux ponts routiers ralliant les lien à visiter quatre voies qui filent, entre les stations-service, les hôtels et les restaurants, retrouver au loin les mêmes désastreux décors. […]
Ô grands corps d’autobus, lien glossaire * immobiles près des aubettes, vitrines, tourniquets, prospectus promenés par le vent, enseignes phosphorescentes clignotant dans les nuits automobiles comme des balises de détresse. Bleu, rouge, vert, jaune, éternels…
Ô douleurs commerciales des matins blêmes et froids, des ciels bleus, des après-midi de nuages étouffants, des fins de journée mornes et glaciales, des rafales de pluie s’abattant sur la noirceur des parkings, nos larmes ruisselant sur le goudron, filant s’engloutir dans les égouts des jours, des allers-retours, des remplissages de chariots, des déambulations somnambules entre les rayons surchargés, des passages devant les étals de fruits et de légumes, les bacs de surgelés, les vêtements suspendus […]
Zones commerciales, ô fric, ô porcheries d’un monde aveuglé, restes de vie, chaussures, pantalons, articles ménagers, boîtes de conserve, valises, légumes, rangées de téléviseurs, machines à laver, entassements d’objets, des objets, des objets par-dessus tout, par-dessus nos corps attirés dès le plus jeune âge, soumis au travail de spae d’invisibles termites, séparés les uns des autres, réduits à l’état de zombies pressés d’en finir, d’épuiser la liste des courses. La mort, consommation des vivants. La fin de toute pensée imaginaire. La vie enfermée dans des sacs en plastique, promenée dans des caddies, jetée dans des coffres, transbahutée, secouée, avalée, maltraitée. […]
Que tout cela, et plus encore, monte en tremblant dans les couches d’air, forme un tourbillon, et nous soyons emportés pareillement dans l’œil du cyclone, terrorisés de nous voir ainsi disparaître.
Éginhard, Vie de Charlemagne, traduit et édité par François Guizot. Paris : J.-L. Brière, 1824
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