fermer
l'aventure des écritures

Le récit des origines

Et toi [Thot] tu seras mon scribe ici, tu maintiendras la justice parmi les gens de ce monde.
Mythologie égyptienne.


 

Le travail propre du mythe est sans doute d'articuler deux récits apparemment contradictoires : l'écriture a été tracée de main humaine et personne n'essaiera de faire croire à quiconque que les dieux seraient descendus écrire sur la terre sous le regard des hommes médusés ; en même temps, pourtant, il faut bien rendre compte de cette énergie extraordinaire qui est à l'œuvre dans l'écriture et qui permet à l'homme de transcender l'espace et le temps et d'engendrer, vivant, sa propre éternité.
 
Ainsi, le récit talmudique évoque une première naissance au mont Sinaï où Dieu, avec un doigt de feu, trace les lettres sur les tables de pierre, puis raconte comment Moïse, ayant brisé les tables dans sa colère de voir le peuple d'Israël prosterné devant le Veau d'or, remonte sur la montagne et écrit en personne sous la dictée, dans le ressouvenir d'une graphie divine irrémédiablement perdue. La tradition grecque constitue à cet égard une exception notable : l'alphabet grec ne vient pas des dieux, illettrés pour la plupart, mais des hommes. Reflet fidèle de la parole humaine, il participe à la création de la cité.
 
Si, historiquement, l'écriture apparaît dans les sociétés humaines comme une invention technique parmi d'autres, sa naissance pourtant revêt dans tous les mythes un caractère extraordinaire. Donnée par les dieux ou volée aux immortels, créée par jeu ou née dans la souffrance, elle a des fonctions multiples : elle assure l'ordre du monde, garantit la connaissance parfaite, fonde la cité des hommes ou protège le secret.
 

sommaire
haut de page