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l'aventure des écritures

Les écritures rupestres (libyques et touarègues)

par Mohamed Aghali-Zakara et Jeannine Drouin
 
Il s'agit d'écritures qui s'apparentent à la fois aux écritures libyques et à l'écriture touarègue, ayant sans doute, comme elles, des systèmes graphiques diversifiés. Certains caractères sont communs et d'autres n'appartiennent ni à l'une ni à l'autre de ces traditions graphiques. Elles relèvent de périodes différentes, comme en témoigne le fait que certaines inscriptions sont lues partiellement, en totalité ou pas du tout par les Touaregs.
 
La variété des signes et l'évolution de ce qu'ils représentent - évolution du lexique et de la syntaxe, fragmentation des parlers berbères, contact de langues et de populations diverses - rendent le déchiffrement difficile. Il ne serait rendu possible que par des recensions systématiques et une comparaison méthodique de textes bien localisés.
 
Les sites les plus riches en inscriptions sont :
- au Sahara, les massifs de l'Ahaggar, du Tassili n'Ajjer et de l'Acacus ;
- au Sahel, les massifs de l'Adghagh des Ifoghas (Mali) et de l'Aïr (Niger) ;
- au Maghreb, les Hauts Plateaux algériens, et au Maroc (image 1) le Haut-Atlas et l'Anti-Atlas.
Les sites montagneux sont propices aux gravures animalières et humaines et aux inscriptions : celles-ci peuvent être isolées, proches des gravures, ou bien les surcharger, sans que l'on puisse établir une relation directe entre les inscriptions et les gravures, souvent antérieures. Dans des cas privilégiés, on peut reconnaître l'association intentionnelle de l'icône et de l'inscription.
 
La gravure de "L'homme à l'inscription des Azibs n'Ikkis" ci-dessous , du Haut-Atlas, qui pourrait être datée du VIe siècle av. J.-C., selon G. Camps, en est un bel exemple.


1. L'homme à l'inscription des Azibs n'Ikkis : l'inscription est incluse dans le personnage


2. Fragment de la planche du chajasco
Dans les sept îles de l'archipel canarien, très proche des côtes marocaines, une recension actuelle très approfondie montre une collection d'inscriptions dont les signes sont apparentés par la forme à ceux du continent. Tous les signes sont connus par les documents libyques et sahariens (images 3 et 4), ce qui ne permet pas cependant d'affirmer qu'ils ont la même valeur phonétique et que la langue locale qu'ils représentaient était berbère, malgré des indices toponymiques non négligeables : d'après les chroniqueurs espagnols du XVe siècle, chaque île avait une langue différente.
L'exemple d'une inscription sur bois, le chajasco d'El Hoyo de los Muertos, est unique et exceptionnel sur le plan de la conservation. Cette pièce daterait du Xe siècle (image 2). Les treize signes de l'inscription sont à rapprocher des alphabets libyques de l'ouest de l'Afrique du Nord (image 5) ou des alphabets touaregs.
 


3. Inscriptions rupestres d'El Julan


4. Inscriptions rupestres
d'El Hierro


5. Inscription de Tinazoulin
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