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l'aventure des écritures

Des écritures libyco-berbères aux tifinagh

 
Vingt-cinq siècles séparent les plus anciennes écritures libyques, de l'Antiquité et les tifinagh, survivance au Sahara et au Sahel d'une graphie disparue après la colonisation romaine, à la fin du Ve siècle.
 

Les écritures libyques de la période antique, au nord de l'Afrique

Le libyque - du nom "Libye" que les Grecs donnaient à l'Afrique (et sans rapport avec l'actuelle Libye) - a peut-être précédé l'installation des Phéniciens dans l'actuelle Tunisie et la fondation de Carthage au IXe siècle avant J.-C. Ce que l'on en connaît provient d'inscriptions funéraires et monumentales retrouvées en grande quantité dans la Numidie antique (actuelle Tunisie septentrionale et Algérie orientale) et dans les Maurétanies (Algérie occidentale et centrale, et Maroc septentrional).
 
L'inscription la plus anciennement datée est une dédicace de la dixième année du règne de Micipsa, roi des Numides, soit 138 avant J.-C. Hormis ce cas privilégié, les autres inscriptions n'ont pu être datées. Mais les travaux des préhistoriens font remonter cette écriture au VIIe ou au VIe siècle avant J.-C.
En haut texte punique, en bas texte libyque, suivi d'une ligne en punique. RIL 2 (Chabot, Recueil des Inscriptions libyques, 1er fasc., p. 3)

Malgré l'abondance des matérieux, la langue libyque n'a pas été reconstituée en raison de la nature même des textes limités le plus souvent à des dédicaces, à des généalogies et à des formules. Des séquences répétées ont pu être identifiées, mais la plus grande partie des inscriptions a résisté au déchiffrement
 
À part quelques manifestations tardives, la pratique de cette écriture a disparu au nord de l'Afrique, vraisemblablement à la fin de la domination romaine, vers le Ve siècle après J.-C.
 

L'écriture touarègues : les tifinagh

Formes évoluées des alphabets libyques attestés à l'époque carthaginoise, les caractères des alphabets touaregs, malgré d'importantes variations régionales, ont en commun leur aspect géométrique, fait de traits, de cercles et de points, isolés ou associés. Leur notation originelle exclusivement consonantique, l'absence de segmentation entre les mots et la liberté du choix de l'orientation de l'écriture rendent leur déchiffrement difficile et aléatoire. Traditionnellement liée au jeu, cette écriture est souvent proche de l'énigme mais évolue de nos jours pour répondre à de nouveaux besoins pratiques, épistolaires et journalistiques : les innovations portent à la fois sur les procédés de segmentation et de vocalisation, et sur la création de polices de caractères.
Extrait de la presse rurale nigérienne ; Texte segmenté par des blancs, écriture gauche-droite ; (M. Aghali-Zakara, 'Les lettres et les chiffres', p. 146).
Les termes qui servent à désigner l'acte d'écrire dans l'écriture touarègue varient selon la nature du support : "inciser", "graver" quand les signes sont inscrits sur la roche ; "orienter", "aligner" les signes ; "griffonner", "tracer vite et sans soin", "piquer" les doigts, quand ils sont dessinés sur le sable. Ils font souvent référence au corps dont on s'éloigne "en partant vers l'espace libre". Pour les Touaregs, écrire c'est "représenter la parole".
 

Exemple d'écritures sur le sable

Les colonnes de signes verticales sont alignées de part et d'autre de la première. La colonne de signes ainsi tracée s'arrête quand le bras tendu, arrivant au bout de sa course, ne pourra porter la main plus loin. Le corps bascule en avant et participe à la trajectoire du mouvement graphique. Puis, après un retour à la position initiale, le graphiste trace une deuxième colonne de signes à droite ou à gauche de la première. Les quatre derniers signes de la colonne 2 ont été ajoutés après le tracé de la colonne 4.

1. awa näk Janin                 c'est moi Janin
2. tennät as tene-wa           qui dis cette année
3. ehulägh-in meddän-in   je salue là-bas les miens
4. ehän Fransa.                   (qui) sont en France
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