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l'aventure des écritures

Le message coranique dans l'architecture religieuse arabe

par Marthe Bernus-Taylor


Le message coranique, signe de la majesté et de la puissance divines, est omniprésent dans l'architecture religieuse. À l'intérieur de la plupart des mosquées et des mausolées, il se déroule en longues frises au sommet des murs et ceinture la coupole, elle-même image de la voûte céleste d'où ce message semble descendre sur la tête des fidèles. Dans certains cas, comme à la mosquée d'Ibn Tûlûn au Caire (979), le texte sculpté dans le bois figurerait dans sa totalité. Le plus souvent, les passages coraniques choisis révèlent les intentions politiques des souverains commanditaires du monument. À la coupole du Rocher à Jérusalem (691), l'inscription - la première inscription monumentale du monde islamique -, traitée en mosaïques de verre sur fond d'or, mentionne la reconnaissance par l'islam de Jésus, de Marie, des "Gens du Livre", c'est-à-dire les juifs et les chrétiens, mais affirme aussi la suprématie de la nouvelle religion ; dans cette ville symbole des trois religions monothéistes et encore majoritairement peuplée alors de non-musulmans, le choix des textes est délibéré.
 
Très souvent, placés en un lieu symbolique et traités selon des graphies particulières et sur des supports divers, ce sont de simples noms qui sont inscrits : ceux de Dieu, de Muhammad, des quatre premiers califes et, dans les milieux chiites, de 'Alî et ses fils. Au centre du grand médaillon du portail de la mosquée al-Aqmar au Caire se détachent, ajourés dans la pierre, ceux de Muhammad et de 'Alî. En clef de voûte, dans une coupole du mausolée du sultan il-khanide Uldjaïtu à Sultaniyye (1313), sculpté dans du stuc blanc qui contraste avec le rouge de la brique, le nom du prophète s'enroule sept fois en girouette autour de celui d'Allah.
 
Un autre type de graphie, cursive le plus souvent, est utilisé pour les formules religieuses ; la calligraphie "en miroir" est sorte de figuration symbolique de l'idée de reflet si chère à l'islam, pour lequel toute manifestation du monde terrestre est un reflet du monde céleste. La formule est tracée selon le ductus choisi, puis retournée : procédé courant pour les textiles anciens au décor tissé selon le procédé du "montage à la pointe". De grandes compositions de ce style, peintes en noir, ornent les murs blancs de la Grande Mosquée de Bursa (1399) et de l'Eski Djami à Edirne (1402), magnifiques témoins de l'architecture du premier art ottoman.
 
Dans certains cas, abstraction visuelle plus concise encore, toute symbolique, c'est une seule lettre ou un groupement de deux qui est tracé : lewa, abréviation du mot "Lui", c'est-à-dire Dieu ; le couple lam et alif, qui entre, répété, dans le nom d'Allah et dans la chahâda, formule de la profession de foi. Sur certaines pages d'albums, souvent d'origine turque, le texte religieux, écrit en miroir ou non, se transforme en pictogramme. Les mots s'étirent, s'enroulent, se superposent et se métamorphosent en oiseau, en lion, ou en paysage linéaire où dominent coupoles et minarets.
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