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l'aventure des écritures

Les usages magiques de l'écriture arabe

par Marthe Bernus-Taylor


L'islam s'imprègne de toutes les manifestations de la vie du monde musulman, et donc l'écrit, avec sa valeur de symbole sacré, apparaît partout. La formule religieuse "au nom de Dieu" - la bismillah - introduit toute inscription monumentale, religieuse ou non, toute épitaphe, tout décret princier. Même dans le cas où l'inscription, parfois à peine reconnaissable, abrégée, est devenue semblable à un ornement, il est souvent possible d'y reconnaître une invocation d'ordre religieux, telle barakat, "bénédiction" (sous-entendu "de Dieu pour le possesseur de l'objet"). Même indéchiffrable, l'écrit garde sa valeur sacrée.
 
La valeur prophylactique de la lettre est plus évidente encore dans l'usage qui en est fait dans la magie liée le plus souvent à l'astronomie-astrologie et à la médecine. Miroirs et coupes en bronze, amulettes en papier, en cristal de roche ou en pierres semi-précieuses se couvrent de textes où voisinent invocations religieuses, recettes et formules talismaniques, petits dessins d'étoiles, de lions, de scorpions... Tracées selon une graphie particulière très difficile à déchiffrer, elles peuvent s'inscrire dans des compartimentages eux-mêmes symboliques.
 
De même que les mystiques ont vu dans l'écriture des connaissances cachées et des pouvoirs particuliers, d'autres ont pratiqué la science des lettres, qu'ils ont divisées en quatre catégories correspondant aux quatre éléments de l'alchimie - feu, air, terre et eau -, leur prêtant des vertus talismaniques. Par ailleurs aussi, à chaque lettre de l'alphabet est attribué un équivalent numérique, utilisé en particulier pour les dates en abjad, mais également en magie et dans les recherches kabbalistiques. Il serait toutefois arbitraire et faux de séparer mystique, astronomie et même poésie, dont le langage se réfère souvent à la lettre comme image.
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