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l'aventure des écritures

Le pouvoir et le sacré dans la tradition arabe

par Marthe Bernus-Taylor
 
Les titres des souverains font certes allusion à leurs pouvoirs temporels, mais aussi à leur fonction de lieutenants de Dieu. Et les inscriptions qui les énumèrent, insignes de puissance politique, sont toujours un rappel de l'omniprésence divine et de l'importance de l'arabe comme langue du pouvoir.
 
C'est bien pourquoi, dès les premiers temps de la suprématie musulmane, le calife 'Abd al-Malik (685-705) l'a décrété langue officielle de l'administration de son empire déjà immense et a substitué aux monnaies iconiques byzantines et sassanides jusqu'alors en vigueur une monnaie typiquement islamique, sur laquelle le texte - celui de la chahâda - remplace l'image des souverains et évoque le maître de toutes choses, Dieu. En ce qui concerne l'énumération des titres princiers, dans bien des cas leur agencement relève aussi du symbole, tout autant que de l'esthétique. Par exemple, à l'époque mamelouk (1250-1517), les inscriptions eulogiques au nom du sultan rayonnent autour de son blason, donnant l'illusion, lorsque la lumière sur un objet en métal effleure les incrustations d'argent et d'or, d'un soleil éblouissant. Or souvent, dans les représentations zodiacales, cet astre, figuré en position centrale et entouré des planètes, est remplacé par l'image du prince en trône.

La référence à Dieu ne concerne pas que les princes. La plupart des prénoms masculins sont à consonance religieuse. Ils s'inspirent de celui du Prophète et de ses successeurs, des quatre-vingt-dix-neuf plus beaux noms divins, ou comportent les mentions Allah ou Dîn, c'est-à-dire "religion" : "serviteur d'Allah", "beauté de la religion", "lumière de la religion", etc.
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