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l'aventure des écritures

Les règles du bien écrire

par Monique Cohen


L'usage du pinceau à touffe de poils d'animaux plus ou moins souples, "amélioré" selon la tradition par le général Meng Tian au IIIe siècle avant notre ère, à l'époque où l'écriture des scribes s'élaborait, est à l'origine de l'analyse calligraphique (orthographique serait plus juste) des caractères chinois "en traits" qui caractérise l'écriture des scribes puis l'écriture régulière. Apparaissent alors des pleins et des déliés car l'encre - qui a remplacé l'épais vernis - garde la trace des subtils mouvements de la main, et si l'on veut maintenir une écriture correcte (l'orthographe), le ductus du pinceau doit respecter des règles strictes. Ces traits fondamentaux, déterminés par leur forme, mais aussi par leur direction, sont au nombre de huit.
 

Les huit traits fondamentaux

Le caractère yong, éternel, les renferme tous : le point, la ligne horizontale (à tracer de gauche à droite), la ligne verticale (de haut en bas), le crochet, le trait oblique montant de gauche à droite, le trait allongé descendant de droite à gauche, le trait oblique descendant de droite à gauche, et le trait allongé descendant de gauche à droite. Bien évidemment, ces huit traits se diversifient en fonction de leur contexte propre ; par exemple, un point, deux points ou trois points. Chaque caractère - du plus simple, yi "un", ne comptant qu'un trait, à zhe "bavard", formé de quatre dragons, qui en totalise soixante-quatre - doit s'inscrire parfaitement à l'intérieur d'un carré virtuel de mêmes dimensions. Disposés en colonnes de droite à gauche, les caractères sont régulièrement espacés pour former un texte continu, sans ponctuation.
 
L'ordre des traits est rigoureux : on procède de haut en bas et de gauche à droite et lorsque des traits se croisent, on termine par la verticale. L'organisation spatiale des traits répond à la logique des six modes de formation des caractères de Xu Shen : chaque sous-ensemble entrant dans la composition d'un caractère reste une entité graphique mais peut subir des modifications formelles liées à l'espace qui lui est imparti dans le nouveau caractère.
 
Par exemple, huo "le feu" prendra des formes différentes selon qu'il se trouve à gauche ou à la base d'un caractère. Ainsi nous avons zha "frire" et zhu "bouillir", mais aussi fen "brûler". Le maniement du pinceau, qui doit être parfaitement vertical, la pointe perpendiculaire au papier, tenu entre le pouce, le majeur et l'index, la main arquée, le poignet cassé à angle droit par rapport à l'avant-bras maintenu horizontal, est un long et difficile apprentissage.
le feu
frire
bouillir
brûler
 

La connaissance des caractères est indissociable de cet apprentissage puisque chaque caractère est un mot, riche d'un (ou de plusieurs) sens, d'une étymologie et d'une prononciation qui n'est en principe pas notée et qu'il faut aussi apprendre. La maîtrise de l'écriture chinoise requiert des qualités physiques (habileté manuelle), morales (assiduité, persévérance), intellectuelles (compréhension du sens des mots) et sensorielles (sens des proportions et de l'organisation de l'espace). Elle est un passage obligé vers la connaissance, qui donne accès au pouvoir par la voie des examens mandarinaux.

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