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l'aventure des écritures

La calligraphie en Chine

par Monique Cohen

L'art de la calligraphie

De l'habilité parfaite du scribe, moine ou fonctionnaire, qui produit des copies sans reproche, à l'accomplissement esthétique de certains manuscrits, une démarche intellectuelle est à l'œuvre, une quête de la nature essentielle des choses qui s'apparente à celle des peintres lorsqu'ils font fi de la simple imitation des apparences pour atteindre la vérité profonde. L'écriture chinoise, pour être une figuration intellectualisée des éléments de l'univers et non un simple jeu de signes abstraits, propres à la notation phonétique d'une langue parlée, a suscité, de la part des lettrés qui la pratiquaient, une démarche esthétique originale dès la fin des Han (IIe siècle). La calligraphie s'est alors érigée en art en transgressant les règles du bien écrire au bénéfice d'une recherche plastique : la tradition attribue à Zhang Zhi (vers 150) l'invention de l'art de la cursive, devenue forme pure, sans souci de lisibilité, interprétation esthétique des formes imposées de l'écriture des caractères.


Une insensible, et comme naturelle, intrusion des lettrés dans le domaine de la peinture, jusque-là réservée aux artistes de métier, a contribué dès l'époque des Tang (618-907) à mettre en valeur la parenté entre les deux arts recourant à un commun médium : le pinceau et l'encre. Leur apport devient déterminant dans les théories d'esthétique picturale, dont le champ métaphorique comme la terminologie technique sont largement empruntés à l'expérience calligraphique.
 

Peinture, calligraphie et poésie

À partir des Yuan (1278-1368), ce courant intellectuel qui associe étroitement peinture, calligraphie et poésie devient prédominant dans la peinture chinoise. Traducteur d'une pensée déjà fort ancienne, le peintre Shitao, dans ses Propos sur la peinture (écrits entre 1710 et 1720) est très explicite :
"Bien que la peinture et la calligraphie se présentent concrètement comme deux disciplines différentes, leur accomplissement n'en est pas moins de même essence " (chap. XVII, "En union avec la calligraphie") ; " La peinture constitue le sens même du poème, tandis que le poème est l'illumination qui gît au cœur de la peinture" (chap. XIV, "Les quatre saisons").

Née avec l'invention de la "cursive moderne" de Zhang Zhi, la calligraphie s'appliquera à tous les styles d'écriture, qu'il s'agisse de l'écriture régulière ou cursive, d'usage courant, des styles surannés comme l'écriture des scribes ou celle des sceaux, habituellement réservés à la calligraphie des titres des peintures ou des inscriptions lapidaires, mais aussi utilisés pour des textes entiers à des époques - Song (1127-1279) et Qing (1644-1911) - marquées par un fort goût pour l'Antiquité.
On a même vu apparaître, au XXe siècle, suite à la découverte des inscriptions oraculaires, des calligraphies interprétées dans ce style. Depuis toujours, il n'est de calligraphes de renom que ceux qui pratiquent plusieurs styles, sinon tous.
Bien rares sont les calligraphies originales antérieures au Xe siècle, et l'art des grands maîtres des époques anciennes n'est souvent connu que par des copies ultérieures ou par des estampages levés sur des pierres gravées d'après des originaux. Montés en albums, ces estampages sont collectionnés pour eux-mêmes et utilisés comme modèles. Pour les époques anciennes - XIe-XIIIe siècles -, à côté d'autographes authentiques, des copies à main levée exécutées à des dates variables donnent une idée plus vivante et plus exacte des œuvres que ne peuvent le faire les estampages.
 
Les calligraphies sont traditionnellement montées en rouleaux - horizontaux ou verticaux -, exactement comme les peintures. De la même façon, elles sont conservées roulées, rangées dans des coffrets de bois, et ne sont ouvertes que pour être présentées à des hôtes, à qui l'on fait parfois l'honneur de demander de noter de leur pinceau le souvenir - élogieux - de leur visite.
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