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l'aventure des écritures

Les traces archéologiques

par Béatrice André-Salvini

 

"En forme de clous ou de coins"

Le terme "clou" est déjà utilisé par les Sumériens, dans un texte littéraire, pour désigner leur écriture.
Le roi d'Assyrie Assurbanipal, au VIIe siècle avant notre ère, se vante de savoir lire et écrire les "signes en forme de coins" tikip santakki sur les tablettes de la bibliothèque qu'il a constituée dans sa capitale de Ninive et dans laquelle il a rassemblé toute la sagesse écrite mésopotamienne : celle de Sumer, d'Akkad et de Babylone.
Ainsi, lorsque Thomas Hyde en 1700 et Engelbert Kämpfer en 1712 nomment l'écriture récemment redécouverte "cunéiforme", ils retrouvent, sans le savoir, l'appellation des anciens scribes mésopotamiens. Bien que cet aspect cunéiforme constitue le stade final de son évolution, la tradition a donné ce nom à l'ensemble du système d'écriture de la Mésopotamie, qui dura près de trois mille cinq cents ans.
 


Naissances de l'écriture au Proche-Orient

Les plus anciens témoignages écrits datent d'environ 3300 av. J.-C.
C'est principalement à Uruk, en Basse-Mésopotamie, l'ancien pays de Sumer, qu'ils ont été trouvés, au début de ce siècle, sous forme de milliers de tablettes d'argile inscrites qui représentent les archives administratives du grand complexe cultuel et palatial de la cité, l'Eanna : le "temple du ciel", demeure terrestre de la déesse Inanna. Ces textes notent vraisemblablement des rudiments de la langue sumérienne.
Des découvertes récentes montrent que l'écriture est attestée, à la même époque, sur des sites situés plus au nord de la Mésopotamie, sur le territoire de l'actuelle Syrie.

Vers 3100 av. J.-C., l'écriture se répand en Mésopotamie, tandis qu'un système original, appelé "protoélamite", parce qu'il note vraisemblablement déjà la langue élamite, apparaît en Iran, principalement dans la ville de Suse, avec l'arrivée probable d'un nouveau groupe culturel ; des textes semblables ayant été trouvés très loin, dans l'est de l'Iran, il est permis de se demander si l'origine de cette écriture ne serait pas à situer sur le plateau iranien. Pour des raisons historiques, l'écriture protoélamite, qui reste aujourd'hui indéchiffrée, n'a pas eu de suite.


 

La seconde moitié du IVe millénaire av. J.-C. a donc vu l'apparition d'un courant intellectuel qui a entraîné la naissance, ou peut-être des naissances, de l'écriture au Proche-Orient. Quoi qu'il en soit, c'est le génie des scribes sumériens qui a su tirer parti de cette extraordinaire invention. Hasard des fouilles ou réalité, Uruk reste le site de référence de la naissance de l'écriture. Les nombreux documents qui y ont été retrouvés permettent d'étudier la formation et le rôle social de cette invention à ses débuts, mais aussi le fonctionnement et les premiers développements de l'écriture cunéiforme qui, pendant plus de trois mille ans, sera la caractéristique fondamentale et le facteur d'unité de la civilisation mésopotamienne. Ce sera aussi, par sa diffusion dans tout le Proche-Orient, le système d'écriture prédominant de l'antiquité préclassique.
 

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