fermer
l'aventure des écritures

L'expansion de l'écriture cunéiforme

par Béatrice André-Salvini

L'adaptation de l'écriture cunéiforme

L'adaptation de l'écriture cunéiforme à d'autres langues va devenir le facteur principal de son évolution.
Vers 2340 av. J.-C., les nouveaux maîtres du pays, les empereurs d'Akkad, utilisent les signes de l'écriture sumérienne pour transcrire leur langue sémitique, l'akkadien. À la fin du IIIe millénaire av. J.-C., à la faveur d'un bref retour des Sumériens au pouvoir, poètes, écrivains et savants mettent par écrit et diffusent les grandes œuvres littéraires de la vieille tradition orale : hymnes aux dieux, mythes, prières, épopées, essais philosophiques, recueils sapientiaux.

Le sumérien supplanté par l'akkadien

Vers 2000 av. J.-C., le sumérien disparaît comme langue parlée en Mésopotamie, remplacé par l'akkadien qui se divise alors en deux dialectes : assyrien au nord, babylonien au sud. Mais le poids de la tradition impose le bilinguisme : "Un scribe qui ne connaît pas le sumérien est-il vraiment un scribe ?" dit un dicton akkadien. Le sumérien restera la langue de culture savante jusqu'à la fin de l'histoire de l'écriture cunéiforme.
 
Grâce au prestige de la culture babylonienne, au milieu du IIe millénaire av. J.-C., ce système compliqué se répand dans tout le Proche-Orient ancien pour noter des langues de familles et de structures différentes : sémitiques, indo-européennes comme le hittite, ou celles qu'on nomme "asianiques" ou isolées, faute de pouvoir les rattacher aux deux autres systèmes. Au cours de sa longue histoire, l'écriture cunéiforme a pénétré dans des territoires allant de l'Égypte à l'Iran et de l'Anatolie à l'île de Bahreïn. Le babylonien servait de langue diplomatique internationale et c'est en babylonien que le grand roi hittite ou le pharaon d'Égypte communiquaient avec les princes de la côte méditerranéenne. La méthode d'enseignement des scribes mésopotamiens a été transmise à tout le Proche-Orient antique. Dans toutes les archives des bibliothèques retrouvées dans des villes de cette région du monde figurent des extraits de la grande encyclopédie en vingt-quatre volumes compilée par les Sumériens, puis par les Babyloniens.

Le premier alphabet organisé

Le premier alphabet organisé connu est en écriture cunéiforme simplifiée de trente signes ; il a été inventé à Ougarit, ville commerçante de la côte syrienne vers le XIVsiècle av. J.-C. et a servi à noter la langue sémitique locale.
C'est dans cette écriture cunéiforme alphabétique que les habitants d'Ougarit ont écrit leurs mythes et leurs rituels religieux, mais aussi une partie de leur correspondance et les textes administratifs du royaume.
Déchiffrement de l’abécédaire d’Ougarit, D’après Virolleaud, Syria

Déclin du cunéiforme

Au Ier millénaire, les nomades araméens pénètrent en Mésopotamie, y introduisant leur langue écrite au moyen d'un alphabet linéaire, facile à apprendre et à utiliser, accessible à tous, pouvant s'écrire sur un support léger, le papyrus. L'écriture cunéiforme, lourde et réservée à un petit nombre d'initiés, va peu à peu régresser. Mais le dernier millénaire de l'existence du cunéiforme est aussi celui où les nuances de la langue et de l'écriture atteignent, aux yeux des savants scribes de Babylone, leur plus grande perfection. Face à l'importance croissante de l'alphabet, qu'ils considèrent sans doute comme une écriture inférieure, incapable et indigne de noter toutes les nuances de la pensée et de la langue, ils adoptent, dans des recueils savants qui connaissent alors leur âge d'or (ouvrages de divination et principalement d'astrologie), une écriture idéogrammatique particulière. Une tablette mathématique livrant les dimensions de la tour à étages du grand sanctuaire du dieu Marduk, à Babylone, la tour de Babel de la Bible, porte un colophon spécifiant que ces mesures sont secrètes :
"Que l'initié instruise l'initié le profane ne doit pas voir."
Que l'initié instruise l'initié le profane ne doit pas voir
Les multiples possibilités graphiques et symboliques de l'écriture cunéiforme permettent également aux théologiens d'expliquer la genèse du monde, des dieux, des hommes et de la civilisation. Ces lectures savantes, ces jeux graphiques ésotériques rejoignent la volonté d'établir des listes de toutes les données de la nature et des concepts de la civilisation, le besoin de "cataloguer" le monde abstrait et concret pour tenter de le comprendre et d'atténuer l'inquiétude que provoquent les phénomènes inexpliqués.
sommaire
haut de page