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l'aventure des écritures

Principes de l'écriture égyptienne

par Anne Zali et Marc Etienne

Trois types d'éléments coexistent dans l'écriture égyptienne :

- des signes logographiques, parmi lesquels figurent les idéogrammes qui signifient ce que les signes représentent. Par exemple, le signe du soleil signifie par extension "clarté", "jour".

- des signes phonétiques : ils ne retiennent du signe que sa valeur de son, voire seulement sa première lettre, nécessairement une consonne, l'écriture égyptienne ne notant pas les voyelles. Ils notent un son par l'image d'une chose qui se prononce à peu près de la même manière.

- des déterminatifs, qui, par exemple, indiquent l'idée du mouvement ; ils précisent dans quelle catégorie d'objets ou de concepts il faut classer le mot écrit à l'aide des signes phonétiques.

Les mêmes signes peuvent successivement être utilisés dans chacune de ces valeurs. Ils ne s'excluent pas, mais se complètent.
 

Phonogrammes

Le système d'écriture hiéroglyphique utilise, à côté des logogrammes * ou idéogrammes * et des déterminatifs, une palette de phonogrammes * dont une série de vingt-quatre signes, équivalents égyptiens de nos consonnes, constituant ce qu'on a désigné par "alphabet égyptien". Leur combinaison aurait été en principe suffisante pour tout écrire, mais les Égyptiens ne se sont pas souciés d'exploiter ce système. Ils ont donc utilisé ces signes phonétiques pour préciser la valeur phonétique de signes graphiquement plus complexes :
 

Par exemple, le signe "maison" se prononce PR et entre dans l'écriture du mot qui signifie "maison". Mais le signe est aussi employé dans l'écriture du verbe signifiant "sortir" avec la valeur phonétique PR. Quand le signe "maison" est utilisé pour sa valeur idéographique première, il est suivi par un trait vertical. Quand il est employé pour sa valeur de son, il est doublement complété : par un complément phonétique, signe de la "bouche", ayant, ici, la valeur de la consonne R et confirmant que le signe est à lire à partir de sa valeur phonétique PR, et par un déterminatif exprimant l'idée du mouvement et indiquant que le groupe ainsi formé prend le sens de "sortir".

KA

La parole créatrice

Si l'écriture égyptienne n'a jamais renoncé à la représentation des choses et des êtres, c'est parce que les Égyptiens croyaient à l'efficacité magique des hiéroglyphes * ; ils pensaient qu'ils pouvaient faire vivre pour l'éternité ce qu'ils écrivaient, aussi sûrement que par la parole créatrice. Ainsi le nom d'un homme inscrit en caractères hiéroglyphiques contenait-il son identité ; détruire ces caractères, c'était réduire cet homme à néant. On attribuait aux figures d'êtres animés de certaines inscriptions le pouvoir de nuire et de mener une vie indépendante ou de se retourner contre le bénéficiaire des textes. C'est pourquoi il arrivait que les têtes des serpents soient délibérément omises ou le corps des oiseaux tronqué... Mais d'autres hiéroglyphes étaient supposés bénéfiques, ils servaient d'amulettes protectrices à leurs propriétaires. L'écriture n'était donc pas seulement pour les Égyptiens un simple outil de communication linguistique.


Accès restreint à la lecture

Toutefois, si l'écriture a joué un rôle immense dans la vie de l'Égypte ancienne, il semble établi qu'un nombre restreint d'individus avait accès à la lecture des textes et à la pratique de l'écriture. Selon des estimations récentes, moins de 1 % de la population aurait été alphabétisée au cours du règne des pharaons. Aussi le fait de savoir lire et écrire conférait-il un statut envié et pouvait-il conduire aux charges les plus élevées.
La fonction de scribe était une place recherchée mais difficile à atteindre.

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