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l'aventure des écritures

La suprématie de la parole dans la tradition indienne du Veda

par Pierre-Sylvain Filliozat
À la suite de la civilisation de l'Indus s'est développée une autre civilisation que l'on connaît par des restes matériels et par un remarquable ensemble de textes religieux, les Veda. Il ne semble pas que la culture védique ancienne ait utilisé l'écriture. L'archéologie n'en a jusqu'ici fourni aucun témoignage matériel pour cette période qui s'étend jusqu'au milieu de Ier millénaire av. J.-C. Les Veda ont été confiés à la mémoire et se sont conservés par transmission orale de maître à disciple. Ils fournissent eux-mêmes de nombreuses indications sur les modes de récitation et de mémorisation, ainsi que sur la pratique de la transmission orale toujours vivante et observable aujourd'hui. En revanche, ils ne font aucune mention d'écriture.
 
C'est seulement dans la partie la plus tardive de la littérature védique qu'apparaissent quelques allusions indirectes, qui restent incertaines. On peut donc se demander à bon droit si l'écriture était connue des Indiens védiques. Leur univers est celui de l'oralité. On s'en convainc facilement quand on voit la place que tient la parole dans leur religion et leur culture. Leur amour de la parole et leur préoccupation de la conserver les ont amenés non seulement à la vénération, mais aussi à l'observation attentive, à l'étude proprement scientifique. C'est à des lettrés védiques que l'on doit les premières analyses linguistiques, fines et rigoureuses. Ils font preuve entre autres d'une connaissance très fine de la phonologie du sanscrit (détermination des phonèmes, de leur articulation et de leurs propriétés de durée, de tonalité, etc., en liaison avec leur pertinence sémantique), mais ils ne décrivent pas d'écriture, ne parlent pas de la possibilité de représenter les sons par des signes graphiques.
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