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l'aventure des écritures

La civilisation indienne classique et l'usage de l'écriture

par Pierre-Sylvain Filliozat
La civilisation védique ne s'est pas éteinte. En se perpétuant sous certains aspects, elle s'est transformée en la civilisation indienne classique dans le courant de la seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C. D'un côté elle a gardé le goût de l'oralité et en a maintenu la pratique. De l'autre, elle a accepté d'importantes innovations, comme l'usage de l'écriture. L'archéologie, en effet, nous le révèle sous la forme d'inscriptions sur pierre datées avec certitude du IIIe siècle av. J.-C. et contenant des édits que l'empereur Ashoka fit graver dans toutes les parties de son vaste empire étendu de l'Afghanistan au Karnataka.
Langues et écritures sont celles des régions où les édits ont été publiés : dialectes prâcrits de la famille linguistique indo-aryenne dans l'écriture kharosthî à l'extrême nord-ouest du sous-continent, dans la brâhmî ailleurs.
La kharosthî est une adaptation de l'écriture araméenne. Son origine ne fait pas de doute et s'explique aisément. La province nord-ouest de l'Inde où elle est apparue avait été sous domination perse aux Ve et IVe siècles. Quand la province est revenue sous domination indienne, une adaptation de l'écriture araméenne, alors très répandue, a été faite à la langue de la nouvelle administration. Quelques signes ont été ajoutés pour des consonnes appartenant au seul phonétisme indo-aryen, mais les voyelles n'ont pas été notées, comme dans les écritures sémitiques. Le sens de lecture de droite à gauche a été conservé. Cette écriture s'est maintenue dans cette même région pendant quelques siècles et est sortie d'usage. Elle a été utilisée pendant plus longtemps en dehors de l'Inde, en Afghanistan et plus au nord en Asie centrale, jusqu'au Ve siècle apr. J.-C.
 
L'origine de la brâhmî est un sujet de controverse depuis plus d'un siècle. La comparaison avec des écritures sémitiques fait en effet apparaître des ressemblances entre des signes, mais les signes se ressemblant ne représentent pas les mêmes sons. Il est donc peu probable que la brâhmî ait été une adaptation d'une écriture phénicienne ou araméenne. D'autre part, elle possède des traits originaux fondamentaux, comme la lecture de gauche à droite et la notation des voyelles. Il est donc fort possible que ce soit une création indienne, faite à l'époque où un pouvoir puissant avait décidé d'adopter l'usage de l'écriture. Et cette création pouvait très bien être opérée dans un milieu dont on sait qu'il possédait une bonne connaissance du phonétisme de la langue. On peut montrer que le système d'écriture de la brâhmî correspond aux notions qu'avaient les lettrés de l'époque sur les sons de la langue. Ce système a l'originalité de prévoir un signe simple pour une voyelle isolée ou pour une consonne suivie de la voyelle "a". Quand une syllabe comporte une autre voyelle, un signe additionnel est ajouté. Cela correspond à la conception et à l'usage parlé des lettrés qui rendent ainsi compte du fait qu'une consonne ne peut être prononcée sans une voyelle d'appui. La correspondance entre signes écrits et phonèmes prononcés reconnus comme tels à l'époque est aussi parfaitement satisfaisante.
L'écriture brâhmî comporte dès ses origines une série de signes distincts de ceux des lettres pour la représentation des chiffres. Au début, on a autant de signes qu'il y a de noms de nombres simples dans la langue sanscrite et ses parentes, c'est-à-dire les nombres de un à dix, cent, mille.
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