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l'aventure des écritures

L'écriture japonaise - un système mixte

par Pascal Griolet
 
L'analyse des premiers caractères d'une phrase extraite d'une page Internet du quotidien japonais Asahi shinbun laisse très clairement apparaître la mixité de l'écriture.

On voit tout d'abord qu'il n'y a pas d'espace entre les mots. On observe ensuite un contraste entre des signes au tracé enchevêtré et d'autres d'apparence plus simple. Les premiers sont des caractères chinois, kanji, les seconds des kana, signes syllabiques élaborés au Japon.




Si l'on regarde plus en détail le début de cette phrase (qui se lit de gauche à droite), viennent en premier deux caractères chinois qui notent un composé sino-japonais, terme emprunté au chinois ou créé au Japon sur le modèle du chinois. Il s'agit du mot konran, "confusion".
Ils sont suivis d'un signe plus simple qui appartient à la série syllabique que l'on appelle hiragana. Il représente la syllabe ga, ici la particule indice du sujet. Les relations syntaxiques sont marquées en japonais par un ensemble de particules qui n'ont pas d'équivalent en chinois.
 
Vient ensuite un caractère chinois isolé. Cette fois, il ne correspond pas à un mot sino-japonais mais est affecté à un mot purement japonais. De plus, il s'agit d'un verbe et il est nécessaire d'indiquer phonétiquement sa terminaison variable.
 
Le mot tsuzuku, "continuer, se poursuivre", est donc noté en partie de façon logographique, en partie de façon phonétique par le hiragana ku qui suit le caractère chinois : notation un peu analogue à certaines abréviations en français : "1er" ou "Mlle".
 
Enfin, un œil exercé remarque que les cinq signes simples qui suivent appartiennent à une autre série de signes syllabiques, les katakana. Ces signes servent surtout aujourd'hui à transcrire les mots étrangers, ici Arubania, "l'Albanie".
 
Le début de cette phrase signifie donc : "En Albanie où la situation demeure confuse..." et peut être transcrite sous forme alphabétique : konran ga tsuzuku Arubania... De façon théorique, il est possible d'écrire l'ensemble en hiragana, comme le font les enfants japonais à leur entrée à l'école primaire, mais les caractères chinois permettent de distinguer les éventuels et innombrables homophones dont est truffé le lexique sino-japonais. De plus, le contraste avec les signes syllabiques joue un rôle analogue à la séparation des mots par des espaces, facilitant la lecture rapide.
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