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l'aventure des écritures

L'écriture maya, une écriture mixte, logographique et phonétique

par Michel Boccara
L'écriture maya, à en juger par les documents que nous possédons, passe assez rapidement d'une forme logographique *, où chaque mot est représenté par un dessin, à une forme mixte, logographique et phonétique, de type syllabique * : le mot peut aussi être divisé en unités plus petites, des syllabes, chacune représentée par un signe qui par ailleurs joue aussi le rôle de logogramme. Cette évolution est facilitée par le fait que la majorité des mots mayas sont monosyllabiques et que les mots polysyllabiques sont en général décomposables en mots d'une syllabe.
De plus, ce qui caractérise ce système, comme tous les systèmes glyphiques *, c'est sa polyvalence : chaque signe peut avoir plusieurs sons, et chaque son plusieurs sens. L'invention du complément phonétique au milieu de l'époque classique, aux alentours du VIIe siècle, permet d'indiquer, parmi plusieurs lectures phonétiques, la bonne lecture. Cette détermination n'évacue pas les homophones, c'est-à-dire la pluralité de sens pour un même son.

Évolution de l'écriture et système politique centralisé

Cette évolution va de pair, dans la société maya, avec une importance toujours plus grande accordée aux dates et avec l'instauration d'un système politique qui tend à devenir centralisé, sans pour autant se transformer en État. À l'image de la Grèce, plusieurs cités-États se disputent le pouvoir sans qu'aucune n'arrive à s'imposer durablement à toutes les autres. Chaque ensemble est dominé par la figure du roi et de sa dynastie. L'écriture est alors utilisée sur les stèles de pierre - matériau "éternel" - pour écrire l'histoire des rois, de leur naissance et de leur mort, de leurs succès, et décrire les rituels qui jalonnent leurs règnes.
 
Mais le complément phonétique a d'autres avantages : en segmentant les mots en unités toujours plus fines, il facilite une lecture combinatoire qui complexifie le jeu de sons et de sens. Ce caractère ludique de l'écriture permet au sens de rester ambigu et énigmatique, comme le montreront les textes de l'époque coloniale. En même temps que l'écriture se précise pour noter l'histoire des rois, elle devient donc aussi plus flexible pour permettre les manipulations d'ordre mythique et politique.

Une polyvalence croissante

Loin de s'appauvrir, le système s'enrichit et devient toujours plus polyvalent. Cette polyvalence est d'autant plus complexe qu'il est vraisemblable que l'écriture maya se lisait en plusieurs langues.
On trouve un grand nombre d'allographes, c'est-à-dire de signes différents pour représenter le même mot, de polyphones, c'est-à-dire de signes syllabiques ayant différentes lectures phonétiques. De plus, les scribes prennent un malin plaisir à alterner notations logographiques et syllabiques, et à segmenter les mots de multiples manières.
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