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l'aventure des écritures

Les styles de l'écriture maya selon les supports

par Michel Boccara
Chaque média semble avoir son style et son sujet.
En restant à un niveau très général, on peut en distinguer trois :
 

Les stèles et les monuments

Consacrés à l'histoire des rois, ces supports de pierre se développent essentiellement pendant l'époque classique (IIIe-IXe siècle). Leur lecture tend à être univoque et monolithique, conformément au matériau où le texte est inscrit. Ce sont les textes que nous arrivons le mieux à lire aujourd'hui.

Les livres de papier d'écorce, ou codex

Ce média est davantage réservé aux textes divinatoires, notamment en relation avec la pluie et le "vencêtre" Chak - "Pluie" en maya yucatèque.
 

Les céramiques

Ce média constitue un véritable livre des morts. Il est le plus mal connu car le style utilisé est si différent que les épigraphes n'y ont d'abord vu qu'incohérence. Pour comprendre ces glyphes, il a fallu modifier la "logique" de la lecture. En comparant le symbolisme de ce corpus de l'au-delà avec un corpus contemporain de même sujet, le Popol Vuh des Mayas quichés, on a avancé l'hypothèse selon laquelle ces signes seraient le support d'une lecture amplifiée : ils renverraient à des textes mythiques récités et contés pour illustrer la poterie. L'image représentée sur la poterie jouerait, en quelque sorte, le rôle de vision mythique, que le récit mythique viendrait décrire. On retrouve, comme dans les inscriptions monumentales, l'importance du vécu mythique (ici la vision) à la genèse même de l'écriture.
 
Si les textes mythiques préhispaniques sont des images accompagnées de leurs lettres de nuit, dès le début de la Conquête certains d'entre eux nous sont transmis dans la nouvelle écriture alphabétique importée par les Espagnols. Les auteurs en sont des franciscains (Landa, Sanchez de Aguilar, Lizana, Lopez Cogolludo...) mais aussi des Mayas anonymes (le Livre des Bacabs, les Livres de Chilam Balam) qui se cachent souvent derrière le nom mystérieux de Chilam Balam, le Prophète Jaguar, l'interprète des signes de la nuit. Chilam, dans le Diccionario de Motul, le premier dictionnaire maya-espagnol écrit entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe, est traduit par "interprète", mais il correspond aussi à "prophète". Quant au terme balam, il signifie "jaguar" ; la peau de ce félin est en effet réputée analogue à l'ak'ab ts'ib, l'écriture obscure et énigmatique.
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