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l'aventure des écritures

Disparition de l'écriture nahuatl

par Marc Thouvenot

Après la conquête du Mexique par les Espagnols, en 1521, cette écriture va brutalement et presque complètement disparaître par la conjonction de plusieurs facteurs : la destruction physique des codex, le remplacement de l'écriture nahuatl par l'écriture européenne et enfin la déconsidération dont elle est victime.
 

Destruction des supports

La Conquête, avec son cortège de destructions, a entraîné la perte de codex, en particulier ceux qui se trouvaient dans les temples. Cet effacement de la mémoire écrite est allé jusqu'à l'élimination systématique par le feu. Celle-ci semble avoir été essentiellement le fait des religieux, qui auraient vu en ces documents une manifestation de l'idolâtrie. Cette pratique ne s'est pas limitée aux premières années après la Conquête : on trouve encore mention d'une telle destruction par le feu le 17 mars 1560.
 
À l'action directe des conquérants s'est ajoutée une disparition différée sous l'effet de la peur. Sachant qu'ils couraient de grands risques face aux autorités religieuses si on les trouvait en possession de documents en écriture traditionnelle indigène, les Indiens ont préféré les éliminer ou les cacher ; ainsi ont-ils disparu à jamais, le temps se chargeant, le plus souvent, de les détruire. Il n'existe plus aujourd'hui qu'une poignée de documents préhispaniques.
 

Changement d'écriture

Les écrits des conquérants espagnols passent totalement sous silence l'écriture nahuatl. Le Codex de Florence, par exemple, extraordinaire somme encyclopédique sur le Mexique ancien réalisée à l'instigation du franciscain Bernardino de Sahagún, ne comporte aucun développement sur ce thème. Non seulement les religieux comme Sahagún n'ont rien dit de l'écriture traditionnelle nahuatl, mais, par leur activité d'enseignants, ils ont permis à l'écriture alphabétique de la supplanter très rapidement.
 

Déconsidération

Dès le XVIe siècle, à côté de quelques propos positifs, a fleuri l'opinion selon laquelle toutes ces images ne sauraient constituer une écriture. C'est cette vision qui a dominé jusqu'à aujourd'hui, ne tenant aucun compte du point de vue des utilisateurs, les lettrés aztèques de l'époque de la Conquête. Ces lettrés, seuls connaisseurs des deux systèmes d'écriture, n'établissaient sur le plan fonctionnel aucune différence entre leur écriture traditionnelle et celle qui venait d'Europe. Mais cette voix des Indiens n'a, jusqu'à présent, guère été entendue. Aux spécialistes des écritures, peu importe le point de vue des utilisateurs !
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